Andrée Putman, Hôtel Morgans

Andrée Putman : un style… un univers

Une très grande dame, une silhouette, une voix, une élégance : Andrée Putman est connue de tous.

Andrée Putman, portrait
Andrée Putman, ©studio Putman

Femme aux exigences modernes et aux goûts d’avant-garde, elle intégra d’abord la MAFIA, prestigieuse agence de style dans le design maison, collabora à la revue l’Oeil, puis travailla  comme styliste pour Prisunic, où l’appela Denise Fayolle au milieu des années 60, à l’époque où régnait la volonté démocratique de mettre le beau à la portée de tous et d’intégrer la modernité au quotidien.

Le concept-store

Au début des années 70, elle est entraînée par Didier Grumbach avec l’avant-garde des créateurs de mode — Issey Miyake,  Jean Charles de Castelbajac ou encore Thierry Mugler — pour transformer un ancien local industriel, rue de Rennes, en un magasin d’un nouveau genre où se côtoient vêtements et objets, créant ainsi un des premiers « concept store ».

Ecart

Elle créa ensuite, en 1978, sa propre maison, Ecart, société d’édition et de design, plus élitiste, qui présenta et ré-édita les meubles,  leur donnant ainsi une seconde vie, de designers oubliés. Citons, entre autres, le tabouret T de Pierre Chareau,

Tabouret T, Pierre Chareau
Tabouret T , 1927, © DR

la petite chaise noire empilable dessinée par Robert Mallet-Stevens,

Mallet stevens, Chaise
Chaise, Mallet-Stevens, ©artvalue.com,.
Mario Fortuny, projecteur
Projecteur Mario Fortuny, ©maison.com

la chaise à tendeurs de René Herbst (pour une image, voir l’ article sur le mobilier tubulaire), le bureau métallique de Michel Dufet, un canapé de Jean-Michel Frank qu’elle nommera Crescent Moon,  la lampe de travail ou le projecteur créés par Mariano Fortuny,  la transat d’ Eileen Gray.

Eileen Gray, transat
Transat, Eileen Gray, © design-Paris.com

Cela lui permet, en même temps, de définir sa propre ligne. Des jeunes créateurs tels que Sylvain Dubuisson, Olivier Gagnère et Martin Szekely démarrent avec elle.

En 1998, elle ouvrira un studio à son nom et éditera ses propres objets: d’un service pour la maison Christofle au piano Pleyel, en passant par le mobilier Inside Out en collaboration avec Fermob.

Du gris, du beige et encore du gris…

Andrée Putman, CAPC bordeaux
CAPC bordeaux

Architecte, elle aménagea à Bordeaux des locaux industriels, les entrepôts Laîné, devenus le CAPC (musée d’art contemporain), dont les toilettes luxueuses en ciment méritent le détour. Ciment gris, acier peint gris et bois grisés par la pluie en font un lieu marqué d’une empreinte affirmée.

Adepte de l’épure et de l’effacement, elle cherche à dégager la structure originelle des lieux. »J’ai une passion pour trouver la beauté dans la sobriété, la pauvreté, le dénuement. »

Andrée Putman, CAPC Bordeaux
CAPC Bordeaux, ©studioputman.com

 

L’aménagement de l’espace voyageurs du Concorde répète une symphonie de gris avec des sièges encapuchonnés de blancs sur un plafond encore plus blanc. Le luxe aéronautique apparaît.

Andrée Putman, concorde
concorde, ©air-journal.fr

 

 

Sur la demande de Jack Lang, elle aménagera le bureau du Ministère de la culture en 1985 avec un mobilier en sycomore dont la teinte claire se fond avec les dorures des murs.

Andrée Putman, ministère de la culture
Ministère de la culture, ©novoceram.fr

 

 

Puis, en 1988, ce fut la Villa Turque — construite par le Corbusier en 1916-1917, à la Chaux- de-Fonds, en Suisse — qu’elle aménagea pour l’entreprise horlogère Ebel. On y retrouve la symétrie, l’espace et la sobriété propres à Andrée Putman.

Andrée putman, Villa turque, Ebel, suisse
Villa Turque, Ebel,©stylingandediting.com

Le damier

Andrée putman, salle de bain Hotel Morgans
Salle de bain Hotel Morgans, ©lemoniteur.fr

A New-York, dans un immeuble de Madison Avenue, elle aménage Le boutique-hôtel Morgans pour Ian Schrager, qui devint mythique par sa simplicité radicale. La salle de bain de l’hôtel Morgans à New York pose d’emblée quelques règles : contraste de noir et blanc, matériaux pauvres, symétrie parfaite, dépouillement, absence de couleurs, formes géométriques simples.

Andrée Putman, Hôtel Morgans
Andrée Putman, hôtel Morgans©Blog.punkartoon.net

« Il n’y aura pas un centimètre de marbre dans cette maison. (…) Le budget était parfaitement irréaliste. Nous devions choisir le carrelage le moins cher, sans pour  autant céder au rose. Par chance, il existait en blanc et en noir. L’effet des carreaux en trompe l’oeil, d’une optique un peu mouvante, s’apaise dès que le regard descend vers le sol. Un concept de non-couleur pour briser les lois rigides de l’hôtellerie de luxe. »

En 2OO8, à l’occasion de ses dix ans, le Stade  de France invite l’architecte d’intérieur à redessiner son espace VIP. Quatorze petits salons longent un couloir. L’emploi du noir et blanc — rehaussé d’un bleu Klein — et  le dessin du damier, décliné dans des tailles et couleurs différentes,  géométrisent l’espace sobre et dépouillé du lieu.

Andrée Putman, Espace VIP stade de France, 2008
Espace VIP Stade de France, ©Deidi Von Schaewen

 

 

Son loft

L’une des premières à s’installer dans un loft à Paris, Andrée Putman veut que les gens vivent dans des espaces de lumière, d’ordre et de sérénité, où l’on chasse les ornements et les fioritures pour aller à l’essentiel. Des oreillers garnissent les canapés de son salon où le blanc prime. La chambre à coucher n’est séparée du séjour que par des rideaux semi-transparents.  Un simple carrelage blanc habille le bloc cuisine, alors que de riches oeuvres d’art décorent tout de même son appartement. « J’aime aussi que les espaces soient flexibles. Pourquoi seraient-ils accaparés par une fonction ?  » dit -elle. Son espace, décloisonné, en est l’illustration.

Andrée Putman, loft Paris
Loft André Putman, ©Donald Albrecht
Andrée Putman, loft
Loft Andrée putman, © gamma rapho

 

L’alliance des contrastes est le luxe

Il faut replacer Andrée Putman dans son époque pour appréhender sa nouveauté: l’idée du concept store, l’espace décloisonné, le choix du béton, le minimalisme et la sobriété, l’alliance de matériaux pauvres avec d’autres plus riches, l’emploi du carrelage noir et blanc en lieu et place du marbre étaient des concepts novateurs qui ont défini son style et son univers, alors qu’à présent ils apparaissent comme familiers et assez courants. Elle réforma les goûts et la mode lorsqu’elle affirma : « Le luxe pour un designer, c’est aussi cette humeur qui permet d’évacuer les signes présentés comme archétypes du luxe, afin de préparer un mélange libre et individuel d’autant plus précieux qu’il sera toujours unique. (…) Soucieuse de sérénité, j’ai toujours aimé réconcilier les matériaux brouillés par les conventions. »  Rendons donc hommage à celle qui a marqué sans conteste la décoration française de son empreinte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *