Saarinen, Womb Chair, 1948, ©Knoll

Eero Saarinen : une élégance discrète et fluide

Eero Saarinen propose peu de meubles, mais la plupart furent et restent des icônes du design. Formes fluides, élégantes, à la présence discrète et légèrement industrielle.

 

Eero Saarinen, portrait, ©DR
Eero Saarinen, portrait, ©DR

Eero Saarinen, architecte et designer, est né le 20 août 1910 à Kirkkonummi, en Finlande. Son père était architecte et sa mère sculpteure et créatrice de mode. Son père émigre aux Etats-Unis en 1923, où sa famille le rejoint deux mois plus tard. Saarinen, en 1930, après l’obtention de son bac à la Baldwin High School de Birmingham, part pour Paris étudier la sculpture à l’académie de la Grande Chaumière. De 1931 à 1934, il prépare une licence à l’école d’architecture de l’université de Yale où il obtient son Bachelor of Fine Arts. Grâce à une bourse universitaire, il entreprend un voyage qui durera deux ans et le mènera en Italie, en Egypte, en Palestine, en Grèce, en Allemagne, en Suède et en Finlande. De 1936 à 1950, il travaille de manière informelle dans l’agence d’architecture de son père, puis à la mort de celui-ci, devient associé de l’agence et commence une activité effrénée en tant qu’architecte et designer.

Eero Saarinen en tant qu’architecte se considérait comme appartenant à la seconde vague des modernistes. La première, soutenait-il, avait dû défendre l’idée que la fonction générait la forme.  « L’architecture est l’art de la construction, et, en tant que tel, elle satisfait à deux critères : aux besoins physiques et spirituels de l’humain. Dans le premier cas, elle délimite et organise l’espace nécessaire aux différentes activités de l’homme. Sur le plan spirituel, elle traduit par des formes ses craintes, ses espoirs et ses aspirations ». 

Son design est en accord avec sa conception de l’architecture, un expressionisme structurel, ou un fonctionnalisme expressif où l’on observe la fusion des éléments structurels en une forme unique .

Organic Design for Home Furnishing : MoMa (1941)

Organic Design in Home Furnishins, MoMa, affiche, ©MoMa
Organic Design in Home Furnishings, MoMa, affiche, ©MoMa

Le MoMa à New York est la porte par laquelle le modernisme est entré aux Etats-Unis. En 1940, un appel à candidature est lancé par l’architecte Eliot F. Noyes, curateur du concours Organic Design in Home Furnishings. Les organisateurs imposent un objectif nouveau qui privilégie des procédés industriels abordables, fonctionnels et modernes. Il s’agissait de créer une ligne d’objets contemporains pour l’habitat.

Eero Saarinen et charles Eames, Organic Design in Home Furnishins, ©MoMa
Eero Saarinen et Charles Eames, Organic Design in Home Furnishings, ©1rstdibs.com

Saarinen et Eames mettent huit objets en lice et remportent le premier prix. Ils ont recours à une technologie empruntée à l’industrie de la défense nationale. Saarinen et Eames avaient d’abord défini les besoins auxquels les meubles contemporains devaient répondre puis avaient fait l’inventaire des matériaux et techniques correpondant à ces contraintes, mais l’imminence de la guerre entraîne la suspension des projets de production en série et ces meubles ne sont finalement produits qu’en série limitée.

Eero Saarinen et Charles Eames, buffet, Organic design for home Furnishings, MoMa, 1940, ©1rstdibs.com
Eero Saarinen et Charles Eames, buffet, Organic design for home Furnishings, MoMa, 1940, ©1rstdibs.com

Le regroupement sans fioritures, mais graphiquement puissant de modèles  modulaires indépendants — caisson de rangement, caisson à tiroir, caisson ouverts et bancs de deux dimensions — ont été produites en acajou du Honduras par Red Lion Furniture.  L’ensemble, dont on peut empiler les éléments en double hauteur ou les disposer en enfilade, offre une grande modularité.  Ce groupe est composé de trois unités à quatre tiroirs, deux unités avec une porte, une unité ouverte avec six étagères, une unité à cinq tiroirs double largeur, et deux bancs de tailles différentes. Ci dessus diverses compositions.

Eero Saarinen et Eames, dessins, Organic design in Home furnishings, dessin, 1940, MoMa
Eero Saarinen et Eames, dessins, Organic design in Home furnishings, dessin, 1940, ©MoMa

Les sièges présentés épousent la forme d’un corps humain, composés d’une coque de bois contreplaqué en trois dimensions recouverte de caoutchouc mousse. La société Haskelite Corporation avait construit la coque en contreplaqué à partir d’un moule de fer.

Eero Saarinen et Eames, dessin pour le concours design organic MoMa, Forme permettant de se délasser, 1940, ©MoMa
Saarinen et Eames, dessin pour le concours design organic MoMa, Forme permettant de se délasser, 1940, ©MoMa

Confort, innovation technologique et expression individuelle constituaient les trois piliers du deuxième siège. « Les gens ne s’assoient pas de la même façon aujourd’hui que pendant l’ère victorienne » commentait l’architecte. Il voulait donc créer un fauteuil offrant au corps une palette de façons informelles de l’occuper, en introduisant ainsi un  élément permettant de s’affaler dans l’intimité domestique. Les références à la matrice, comme le souligne Saarinen lui-même, sont représentatives  de la vulgarisation de la psychanalyse dans la culture d’après-guerre. Ceux qui s’assiéront sur la chaise , en particulier les femmes, devront s’y sentir en sécurité et pouvoir se détendre pleinement.

Fauteuil Grasshopper 61U : 1946

La  Grasshopper chair 61U est la première chaise conçue pour Knoll en 1946. Knoll en continue la production pendant dix-neuf ans, jusqu’en 1965 donc.  Le style organique en bois courbé d’un seul tenant du piètement-accotoir rappelle celui de la patte arrière d’une sauterelle, d’où son nom. Créé pour un maximum de confort, grâce à l’inclinaison profonde de son dossier, ce siège apporte également un certain modernisme à l’époque de sa création.  Le bois stratifié courbé, relativement nouveau, allie les propriétés de légèreté et de solidité et avait été utilisé, en particulier pour l’aviation, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce nouveau matérieau a été adapté après-guerre pour la fabrication de meubles, d’autant plus qu’un certain nombre de matériaux plus traditionnels étaient encore rares  immédiatement après la guerre.

Eero Saarinen, Grasshopper chair 61U, 1946,©knoll
Eero Saarinen, Grasshopper chair 61U, 1946,©Knoll

La chaise Grasshopper n’a pas été un énorme succès pour Knoll. Tout au long de sa carrière, Saarinen a exploré de nouveaux matériaux et a commencé à utiliser la fibre de verre, l’aluminium et le plastique qu’il utilisera pour créer  ses pièces les plus emblématiques, comme la chaise Womb et la chaise Tulip, deux sièges qui éclipsèrent la Grasshopper.

 La chaise Womb Model 70 (1948)

Saarinen Womb chair,publicité Knoll par Herbert Matter, 1948, ©Knoll
Saarinen Womb chair,publicité Knoll par Herbert Matter, 1948, ©Knoll

Saarinen est invité à retravailler la chaise moulée en bois contreplaqué grâce à laquelle Charles Eames et lui-même avaient remporté en 1940 le concours de design organique organisé par le MOMA. Seconde pièce qu’Eero Saarinen conçoit pour Knoll & Associates, cette chaise connaît un succès immédiat lorsqu’elle est lancée et est toujours fabriquée.

Saarinen, Womb Chair, 1948, ©Knoll
Saarinen, Womb Chair, 1948, ©Knoll
Eero Saarinen, womb settee, modèle 73, 1948 ©Knoll
Saarinen, Womb Settee, modèle 73, 1948 ©Knoll

Faite à partir d’une coque en fibre de verre rembourrée, reposant sur une structure en acier tubulaire recouverte d’une surface en chrome poli. Son design maintient une séparation entre l’assise et les jambes. « La chaise flatte la personne qui s’y assied, surtout la femme. »  Cette chaise est également déclinée en sofa : Womb Settee, modèle 73.

Les executive Chairs (1950)

Eero Saarinen, Executive chairs, 1950, ©knoll
Eero Saarinen, Executive chairs, 1950, ©Knoll

Créées en 1950 pour Knoll International, les Executive chairs peuvent avoir trois piétements différents : deux constitués de quatre pieds, soit en bois soit en métal tubulaire, l’autre avec tube central terminé par cinq arêtes sur roulettes.

Eero Saarinen, executive chairs, 1950,©Knoll
Eero Saarinen, executive chairs, 1950,©Knoll

A cela s’ajoute une variation sur l’assise qui possède ou non des accotoirs.

Eero Saarinen, executive conference chair , 1950, ©Knoll
Eero Saarinen, executive conference chair , 1950, ©Knoll

Sofa SA23, SA 22 et table SA29 pour Matrix International (1950)

Eero Saarinen, sofa SA23, 1950, ©matrix international
Eero Saarinen, sofa SA23, 1950, ©Matrix International
Eero Saarinen, sofa SA23, ©matrix international
Eero Saarinen, sofa SA23, ©Matrix International

Sofa SA23 (3 places) ou Sofa SA22 (2 places) avec armature tubulaire à section carrée chromée. L’assise, posée de façon aérienne sur une structure légère, semble flotter dans l’air.

La Table basse SA29 présente la même structure tubulaire à section carrée et est surmontée d’un plateau de marbre rectangulaire. Egalement créée en 1950.

Eero Saarinen, Table basse SA29, 1950,© matrix international
Eero Saarinen, Table basse SA29, 1950,© Matrix International

La Tulip Chair (1953-1958)

Eero Saarinen, tulip chair , dessin, 1956, ©DR
Saarinen, tulip chair , dessin, 1956, ©DR

Cette chaise est fabriquée en une matière unique qui se transforme pour passer du support à l’assise. Incarnation de la recherche de Saarinen sur une forme continue destinée à répondre aux fonctions de base à l’échelle du corps humain. « J’ai voulu créer une chaise d’une pièce ».

Eero Saarinen, Tulip chair, 1956, ©knoll
Eero Saarinen, Tulip chair, 1956, ©Knoll

Pour Saarinen cette chaise constituait un véritable défi. Ses attentes concernant ses performances étaient bien arrêtées : elle devait se caractériser par sa légèreté, elle devait être confortable pour toutes les corpulences, des matériaux modernes devaient être utilisés et, étant destinée à être fabriquée en série, elle devait être suffisamment neutre pour s’adapter à des environnements variés et, enfin, mettre un terme au problème des pieds de chaise. La chaise prototype répondait à ces cinq critères. La coque en fibre de verre moulée pivote sur un pied unique en aluminium coulé qui répartit le poids sur le sol. Cette chaise se décline également avec des accotoirs pour devenir un fauteuil, ou sans dossier pour devenir un tabouret.

Tulip chair, 3 versions, 1956, ©Knoll
Tulip chair, 3 versions, 1956, ©Knoll

The tulip tables (1957)

Eero Saarinen, Pedestal Tables, 1957, ©knoll
Eero Saarinen, Tulip Tables, 1957, ©Knoll

Ensemble de tables à pied central inspiré de la chaise tulipe. Ces tables existent en trois hauteurs selon qu’il s’agit de tables basses ou de tables à manger. Par ailleurs, le plateau est disponible en ovale ou en rond et de diamètres différents. Enfin le piétement en aluminium coulé est disponible en blanc ou noir, différents marbres sont proposés pour le plateau qui peut également être en laminé de plusieurs coloris.

Poufs SA 36 et SA 39 (1958)

Eero Saarinen, Pouf SA 36, 1958, ©matrix international
Eero Saarinen, Pouf SA 36, 1958, ©Matrix International

Une forme cylindrique pour les poufs  rembourrés SA36 et SA39 recouverts de tissus créées en 1958 pour le hall d’entrée du Vassar College. Structure interne en bois recouverte de mousse expansée. Revêtement de tissu. Deux dimensions. Editions Matrix International.

Sofa SA 32 (1959)

Eero Saarinen, Sofa SA32, 1959,©Matrix international
Eero Saarinen, Sofa SA32, 1959,©Matrix International

Conçu en 1959 pour l’université de Chicago le sofa SA32 se décline en fauteuil ou sofa à deux, trois ou quatre places. Caractérisé par un dossier discontinu, ce sofa présente une forme simple et harmonieuse.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *