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Jean-Paul Gaultier au Grand Palais : un conceptuel sauvage

Cette exposition multi-média présente des pièces créées entre 1971 et 2015, pièces qui, pour une partie d’entre elles, n’ont jamais été exposées. Surnommé « l’enfant terrible de la mode « par la presse dès ses premiers défilés dans les années 70, Gaultier est sans doute l’un des créateurs les plus importants de ces dernières décennies.

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JP Gaultier au Grand Palais,Photo de Jean-Paul Goude, ©catherinevernet-www.interieurites.com

Une scénographie surprenante et amusante — avec des manequins qui bougent, parlent, s’adressent au spectateur et défilent devant nous — mais surtout terriblement belle et captivante.

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On est happé par la richesse des tissus, l’inventivité du créateur, la perfection des détails, l’élan et l’immensité du talent de Jean-Paul Gaultier, mais plus encore  par ce qui constitue son identité : ses yeux grands ouverts sur ce qui l’entoure. Son regard saisit le beau et l’intéressant dans tout ce qu’il regarde: boîtes de conserves, boucles de sacoches d’écolier, sacs poubelles, ouvrages de dames ou encore habits militaires : la virginité de son regard  n’a pas de limites.

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Le parti pris: récupération, mélange des genres et assemblage, transformation, finitions et détails infinis dans un mouvement qui suit l’audace de son imagination débridée qui bouscule avec humour les codes esthétiques établis tout en exaltant la virtuosité d’un savoir-faire exceptionnel de la haute-couture.

Partagée en huit parties, l’exposition retrace la carrière du créateur dans un parcours thématique et chronologique.

Les falbalas

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Le salon de soins de beauté de sa grand-mère, les costumes des danseuses des Folies Bergères, l’émission de tv Dim, Dam, Dom ou encore le film Falbalas de Jacques Becker décideront de sa vocation. Adolescent, il dessine deux collections par an et n’hésite pas à les envoyer aux grands couturiers : Yves-Saint Laurent, qui trouve ses couleurs trop audacieuses et Pierre Cardin, qui pour son dix-huitième anniversaire, lui offre un emploi d’assistant. Au début des années 70, Gaultier est témoin de la révolution culturelle et s’en inspire, à Londres notamment. Avec l’aide de son compagnon et partenaire en affaires Pierre Menuge, il présente sa première collection en octobre 1976 au Planétarium du Palais de la Découverte à Paris.

L’Odyssée

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Il s’agit ici des « mythes fondateurs » de l’univers Gaultier : on y trouve les figures récurrentes de ses collections : le marin, la sirène, l’iconographie religieuse, l’univers de Jean Cocteau et de Jean Genet.

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« J’aime depuis toujours l’aspect graphique, architectural de la rayure. Ma mère m’habillait avec des pulls marins, ils vont avec tout. C’est un basic, un vêtement qui ne se démodera probalement  jamais. Il y a eu plusieurs influences : Coco Chanel, Pablo Picasso la portaient, mais aussi Popeye et Tom of Finland. Mais c’est le film Querelle de Fassbinder qui en a fait mon vêtement fétiche. »

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La rayure incarnant la marque sera alors déclinée sous toutes ses formes : fine, large, ondulée, décomposée dans tous les sens sur toutes les matières et sur l’ensemble du corps. Il ouvre sa première maison de couture et crée l’événement en présentant sa première collection de haute couture en janvier 1977.

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Punk Cancan

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Un Paris de carte postale : tour Eiffel, béret et trench-coat, mais aussi Toulouse-Lautrec, le Moulin-Rouge, Brassai et l’Hôtel du Nord de Marcel Carné, Pigalle et ses cabarets. Un Londres où se côtoient dandies en chapeau melon et punks tatoués underground avec des tenues où se mélangent cuir, latex, épingles à nourrice, bas résilles, jeans et dentelles.

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Le point de rencontre entre ces deux mondes, Gaultier le crée sans complexes et sans a-priori, le Punk- Cancan est né. Un mélange de classe et d’anti-conformisme, de haute couture et de déchirures.

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Muses

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Mais Gaultier se distingue également par son  indifférences aux codes établis de la mode : il fait fi de la corpulence, de la couleur de la peau, de l’âge, du genre et de l’orientation sexuelle. Il est le premier à travailler avec des mannequins androgynes tels que Teri Toye, premier mannequin transgenre des années 1980 ou Eve Salvail, avec son crâne rasé et tatoué.

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Il organise pour ses défilés des castings sauvages et présente en 1992, un défilé rétrospectif à Los Angeles au profit de la recherche contre le sida.

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Le salon

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Fasciné par le charme suranné des corsets, il en crée dès son enfance pour son ours en peluche, surnommé Nana, n’ayant pu obtenir de ses parents une poupée.

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« Dès mon jeune âge, j’ai expérimenté diverses facettes de la création. J’ai fabriqué mes premiers seins coniques avec du papier journal, sur mon ourson Nana. J’ai pris chez ma grand-mère un napperon circulaire, au milieu duquel j’ai découpé un rond pour faire une jupe à mon ours. Sans le savoir, j’ai ainsi fait une coupe en biais! »

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Et c’est cela qui fait la particularité de Gaultier, non pas tant l’emploi de ce qui lui tombe sous les yeux ou les mains en tant qu’enfant, car cela beaucoup l’ont fait, mais garder ce regard décomplexé d’enfant en tant qu’adulte et continuer à saisir la matière ou la forme là où elle se trouve et la magnifier dans la couture.

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On trouve là ses fameux seins coniques, les sous-vêtements portés sur les vêtements, faisant avec les habits ce que les architectes ont fait avec le Centre Beauboug, mettre dehors ce qui normalement est dedans et caché. Le résultat : une déclinaison de corsets dont la matière fait rêver et la bienfacture laisse muet.

A fleur de peau

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Interrogation sur le genre et la nudité, sur l’érotisme et la peau, sur le dedans et le dehors. Cette salle montre les expériences de Gaultier sur les matières qui se font peau : des perles tubulaires en plastique dessinent une peau de léopard, un tissu imprime la nudité d’un corps. Jean-Paul Gaultier est un  mélange savant : amoureux du conceptuel et du sauvage, il mélange le brut et le sophistiqué avec art et le corps est son premier outil.

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Des trompe-l’œil qui mettent en scène la nudité ou le tatouage, des lanières qui évoquent le sado-masochisme, et créent un univers  trés sexué, romantique et fétichiste à la fois.

Metropolis

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Les univers de la ville et du cinéma, de la télévision, de la musique et de la danse inspirent le créateur. Le monde du spectacle est fasciné par  son langage unique. Jean-Paul Gaultier collabore avec Almodovar, dans Kika, La peau que j’habite et La mauvaise éducation, Luc Besson pour Le cinquième élément, Marc Caro pour La Cité des enfants perdus, Peter Greenaway pour Le cuisinier, sa femme et son amant pour ne citer  que quelques-uns des plus connus.

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Jean-Paul Gaultier collabore aussi avec Béjart, Régine Chopinot, et avec des stars de la musique : David Bowie, Mylène Farmer, Niagara, Nirvana, Madonna, Rita Mitsouko entre autres.

Quelques rares croquis sont exposés.

Jungle Urbaine

 

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Amoureux de la différence, le créateur la traque et la débusque dans les mondes qu’il observe  : il mélange les ethnies, ne recule pas devant les transgressions géographiques et religieuses, avance dans les contrées sauvages et fait se heurter les contraires lors de rencontres fulgurantes dans un seul vêtement.

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Une dernière salle avec les mariées. Du blanc, du vaporeux, des plumes, du masque et de la sculpture, des transparences.

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Alors, aller voir cette exposition, ce n’est pas seulement admirer de la haute couture et regarder des tissus extraordinaires, ce n’est pas uniquement contempler les clichés des plus grands photographes, tels Roversi, Peter Lindbergh ou Avedon, c’est pénétrer dans la tête d’un homme qui fait exploser les frontières de notre monde pour le recomposer à sa manière. Du grand art.

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