années 50, luminaires, Pierre Guariche, applique G1,1951

Les années 50 (partie 3) : luminaires et éclairage

Quelques grands noms pour les luminaires des années cinquante : Serge Mouille, Pierre Guariche, Mathieu Matégot.

Serge Mouille (1922, Paris-1988, Monthiers)

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Serge Mouille,petites-appliques-conche©luminairesergemouille.fr

Entré à treize ans à l’école des Arts appliqués de la rue Dupetit-Thouars à Paris où il se spécialise dans le métal et obtient un diplôme d’orfèvrerie, il y devient directeur de l’Atelier des orfèvres en 1953. Installé à son compte en 1945, il se spécialise dans l’orfèvrerie de table, puis commence ses recherches sur les luminaires. Remarqué par Charlotte Perriand et Jean Prouvé, il est exposé à la galerie Design du Bd Saint Germain et édité par la maison Sinma. Il obtient des commandes notamment pour les luminaires de la cité universitaire d’Antony ainsi que pour le paquebot Le France. En 1961, il expose au Salon des arts ménagers des lampes  combinant incandescence et fluorescence.

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Serge mouille,petites-appliques-oeil, ©luminairesergemouille.fr

Tout le monde a vu une fois ou l’autre une lampe de Serge Mouille : forme épurée, métal laqué noir satiné,  bras pivotants ou fixes, droits ou courbes, et abat-jour inclinables; appliques, plafonniers ou  lampadaires selon les modèles. A partir de quelques formes simples — dont la plus caractéristique est l’abat-jour en demi-sphère légèrement aplatie, avec un chapeau décentré : le fameux téton —  Serge Mouille explore de manière systématique les possibilités en variant  le nombre,  la longueur ou la forme des bras, ou encore le système de fixation de ses lampes qu’il met au mur ou au plafond à moins qu’il ne les pose sur le sol…

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Serge Mouille,agrafee-deux-rotules ©luminairesergemouille.fr

Il obtient ainsi une famille assez étendue de luminaires à la forme « calderienne » dont nous présentons ici quelques modèles.

Serge Mouille crée d’autres appliques, toujours en métal laqué noir satiné, mais  un peu plus variées quant à la forme de l’abat-jour, telle l’applique Tuyau(1953) ou Flamme.

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Serge Mouille, applique flamme,©maison-deco.com
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serge Mouille, applique tuyau, 1953©maison-deco.com

En 1962 paraissent le lampadaire Signal disponible en plusieurs tailles, en métal perforé laqué noir mat et tube fluorescent, et le modèle Totem, à bagues ajourées, en aluminium laqué et noyer, disponible en petite et grande  taille, qui sera présenté au Salon des arts ménagers .

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serge-mouille-totem, ©galeriedowntown.com
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serge-mouille-tres-grand-signal, ©galeriedowntown.com

Pierre Guariche (1926-1995)

Issu d’une longue lignée d’orfèvres parisiens, Pierre Guariche entre à dix-neuf ans à l’ENSAD, et en sort diplômé en 1949. Engagé par Marcel Gascoin et encouragé par celui-ci, il expose au Salon des artistes décorateurs et au Salon des arts ménagers. Il édite encore seul ses modèles, mais son succès suscite rapidement l’intérêt des éditeurs : Airbone, puis Steiner et Disderot.

années 50, Pierre Guariche, lampadaire cerf-volant
Pierre Guariche, lampadaire cerf-volant,©drouot.com

Sa création de luminaires s’étale de 1950 à 1959 et est composée d’une quarantaine de modèles. Après cela, il sera appelé par des créations de plus grande ampleur en tant que décorateur. On a l’impression de connaître ses lampes tellement elles semblent familières du fait de leurs nombreuses interprétations par les fabricants de luminaires des années 50 et 60.

Pierre Guariche,applique cerf volant©maison-deco.com
Pierre Guariche,applique cerf volant©maison-deco.com

Or, les pièces originales ne figurent sans doute que dans quelques musées et deux ou trois collections internationales. Le piètement du lampadaire Cerf-volant est formé d’une lame coudée en V laquée noire, supportant une structure en V également, formée par deux tubes de laiton qui maintiennent en haut un déflecteur laqué noir à l’extérieur et blanc à l’intérieur, et un grand rectangle en rigitulle blanc formant un réflecteur.

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Pierre guariche, grande applique G1©drouot.com

La plus connue de ses créations est probablement la Grande applique G1 à contrepoids de 1951 qui existe en différentes couleurs. Cette applique est composée d’un bras en tube de métal laqué formant potence articulée sur platine accueillant un grand bras mobile formé d’une tige de laiton portant à une extrémité deux abat-jour dissymétriques en métal laqué  à intérieur blanc, l’un formant une large corolle vers le bas, l’autre une petite corolle vers le haut; le côté opposé du bras de levier est muni d’une sphère en laiton servant de contrepoids. La taille du luminaire est de 110 cm sur 158 cm.

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Pierre Guariche, applique G1,1951,©cotemaison.fr

Voici quelques appliques, lampadaires, plafonniers et suspensions de Pierre Guariche : on notera la double corolle, l’emploi du métal perforé, le balancier, la mobilité, l’éclairage indirect.

Mathieu Matégot (1010-2001)

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Mathieu Matégot, lampe bagdad,©maison-deco.com

Comme nous l’avons vu dans notre article sur les matériaux des années cinquante, le coup de génie de Mathieu Matégot fut l’emploi, dès 1945, de la tôle perforée.

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Mathieu mategot, suspension satellite,© jousse-entreprise.com

Inventant une nouvelle technique, il crée une nouvelle matière : il perfore d’abord la tôle classiquement avec des motifs en trèfles puis avec des petits trous carrés ou ronds.

Mathieu mategot, applique tuyau en digitulle
Mathieu mategot, applique tuyau en digitulle©maison-deco.com

Il baptise en 1952 cette résille ajourée, le plus souvent laquée noir, du nom évocateur de « Rigitulle ». Il met au point une machine capable de plier, de plisser( tôle java), de façonner la tôle à la manière d’un tissu, ce qui lui offre une liberté d’expression démultipliée. La suspension Satelitte, créée vers 1953, est composée de rigitulle plissée et laquée rouge surmontée d’un chapeau en métal laqué blanc. Il décline une série de lampes de table à double corolle en digitule dont la couleur varie, ou le pied, qui inclut parfois  rotin ou laiton.

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Mathieu Matégot, lampe java,

Les lampadaires de Mathieu Matégot sont en général constitués d’un piètement tubulaire courbé à la base et surmonté d’une corolle en métal laqué, éventuellement perforé, ou d’un déflecteur et d’un réflecteur.

années 50, luminaires,2. Mathieu Mategot, lampadaire
Mathieu Mategot, lampadaire,©maison-déco.com
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lampadaire mathieu Mategot,1953 Perfolux,© maison-deco.com

L’éclairage des années cinquante: caractéristiques

Les appliques potences

Le changement du style de vie et l’apparition du living-room modifient radicalement la conception des luminaires. Auparavant, on avait un lustre central au-dessous duquel se trouvait la table pour manger, deux appliques ornaient éventuellement un buffet ou vaisselier adossé à un mur. La réunion de la salle à manger et du salon crée de nouveaux besoins en éclairage, dont l’applique à long bras mobile est une des solutions puisqu’elle permet d’éclairer une table où qu’elle se trouve dans la pièce. Cependant la potence n’est pas l’invention des années cinquante, puisque Charlotte Perriand, la première à notre connaissance, en avait déjà créé une dans les années trente.

Le double éclairage

Les luminaires contiennent souvent deux éclairages de façon à pouvoir éclairer simultanément le bas et le haut de la pièce. La corolle étroite envoie la lumière vers le plafond qui réfléchit la lumière sur l’ensemble de la pièce, tandis que la corolle inférieure éclaire et fait briller les objets placés dans son faisceau ; le pivotement des deux corolles permettant de moduler les éclairages selon les besoins vers la droite ou vers la gauche.

La forme et la fonction

Une réflexion profonde est menée sur la nature et la fonction du luminaire. Peu d’ornements, aucun détail qui ne soit justifié techniquement ou fonctionnellement. L’enjeu se situe par ailleurs au niveau du confort : l’ampoule n’est jamais accessible à l’oeil, afin de créer un éclairage indirect et confortable. Ces luminaires déploient les codes de l’esthétique des années cinquante : le métal embouti, micro perforé, laqué en couleur ; la double corolle, la mobilité, les rotules articulées, des porte-à-faux conséquents.

 

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