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L’Odyssée du Centre Pompidou

Documentaire de 52 mn de Yoan Zerbit, sorti en 2005, produit par Let’s Pix, ce film raconte les origines, les transformations, la réception du Centre  Pompidou qui deviendra une icône de l’architecture du XX ème siècle.

 

Georges Pompidou et André Malraux

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l’odyssée du centre Pompidou, G.Pompidou, 0:01:32.jpg,

À l’origine, la volonté d’un homme :  Georges Pompidou, ancien directeur de la banque Rotschild, puis premier ministre du général De Gaulle, enfin président de la République. Homme aux idées plutôt conservatrices en politique, il veut moderniser la France.

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l’odyssée du centre pompidou, maquette défense-00:03:54

Il développe le réseau autoroutier, les transports en commun comme le RER, aménage le quartier d’affaires de la Défense, fait construire des grands ensembles de logements.

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odyssée centre pompidou, malraux-00:04:08

Mais un domaine lui échappe : la culture, chasse gardée d’André Malraux qui, à l’époque, se consacre à la richesse du patrimoine existant en lançant un immense plan de ravalement des monuments parisiens. Le parent pauvre de l’époque : l’art contemporain qui, depuis les années cinquante, se développe ailleurs qu’à Paris, notamment à New-York où l’action painting de Pollock et le pop art de Wahrol et Lichtenstein bousculent l’art moderne. Dans les années 60, le musée d’Art Moderne de Paris accueille très peu de visiteurs par an (une centaine de mille)  et expose surtout les artistes cubistes qui tiennent le devant de la scène depuis des décennies, alors que le MOMA comptabilise 4 millions de spectateurs par an.

l'odyssée du centre pompidou, Corbusier, musée à croissance illimitée, maquette-00:09:48
Corbusier, musée à croissance illimitée, maquette-00:09:48

André Malraux qui voudrait créer le musée du vingtième siècle s’adresse au Corbusier et lui demande de ressortir un ancien projet : le musée à croissance illimitée, en forme de spirale carrée. Le ministre le voudrait situé à La Défense alors que l’architecte provocateur veut le construire au centre de Paris en faisant raser le Grand Palais. Mais la mort du Corbusier, en août 65, interrompt le projet.

L’art contemporain en plein coeur de Paris

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bureau de Georges Pompidou,-00:11:21

Georges Pompidou va réussir à imposer ses idées concernant l’art contemporain, d’abord en décorant son bureau à Matignon d’oeuvres contemporaines, notament une oeuvre de Soulages qu’il place à coté d’une tapisserie du XVIIème. Collectionneur avisé, il affirme : L’art non contestataire, académique accepte ;  l’art moderne doit discuter, l’art doit contester.

L’appel d’offre

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l’odyssée du centre pompidou, appel d’offre,00:01:33

Le 15 juin 1969, Pompidou est élu président de la république. Il est convaincu qu’une société qui est ouverte à l’art est une société qui peut se moderniser et ajoute : je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel qui soit à la fois un musée et un centre de création où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle.

odyssée centre pompidou, place beaubourg-00:18:21
odyssée centre pompidou, place beaubourg-00:18:21

Il va imposer  son projet et choisit comme emplacement un immense terrain vague situé au centre de Paris : le plateau Beaubourg.

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l’odyssée du centre pompidou, le plateau Beaubourg-00:19:03

Mais le lieu est déjà convoité pour y créer une grande bibliothèque publique. Pompidou va donc marier ce projet avec un musée d’art moderne, avec l’idée que la bibliothèque ferait venir du monde.

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l’odyssée du centre pompidou, place beaubourg-00:19:31

Un appel d’offre est lancé sous forme de grand concours international : une première en France. Le programme sera envoyé à 20’000 architectes et l’on décide que les candidatures seront anonymes. Ce ne sera pas le président qui choisira le lauréat, mais un jury prestigieux — cas unique sous la cinquième République — dont le président sera Jean Prouvé. Des architectes célèbres vont concourir dont le Brésilien Oscar Niemeier ou l’Américain Philip Johnson, par exemple.

Le projet

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odyssée centre pompidou, première maquette-00:24:07

Le choix se porte finalement  sur deux jeunes  architectes iconoclastes qui sont les seuls à n’employer que la moitié de la surface disponible, l’autre moitié  étant réservée à une place qui conduirait  la ville à l’intérieur du musée.

odyssée centre pompidou, plan général-00:24:36
odyssée centre pompidou, plan général-00:24:36

Pour que cela soit possible, le bâtiment doit outrepasser le « plafond » parisien  qui limitait la hauteur du bâtiment à 25 mètres. Et c’est loin d’être anodin, seules les églises, la cathédrale et la tour Eiffel dépassaient ce plafond.

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odyssée centre pompidou, projet initial-00:24:13

Hormis cela, la radicalité du projet impressionne : un mécano géant avec de grandes baies vitrées ouvertes sur la ville.

odyssée centre pompidou, coupe 2-00:26:02
odyssée centre pompidou, coupe 2-00:26:02

Chaque étage est un immense plateau sans entrave, plan libre modulable à volonté, décloisonnant le monde des arts et de la culture. C’est l’un des arguments des architectes : la flexibilité d’ espaces qui doivent pouvoir s’adapter à des fonctions qui ne sont pas encore totalement définies. Pour libérer ces plateaux, toutes les infrastructures sont rejetées à l’extérieur.

Les lauréats

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odyssée centre pompidou, portrait piano rogers-00:27:35

Les architectes, Renzo Piano et Richard Rogers, les lauréats du concours, sont deux inconnus. Tous les deux n’ont jusqu’ici que très peu construit. Piano avait réalisé avec son frère le pavillon italien de l’exposition universelle de  Zaca ; Rogers avait surtout construit des maisons autour de Londres, dans un style industriel. Ensemble, ils avaient conçu des bureaux en Italie, préfigurant l’apparence de ce que sera le centre Pompidou.

L’architecture

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odyssée du centre pompidou, Archigram-00:30:42

Renzo Piano décrit leur projet comme un  système, plus que comme un bâtiment. C’est exactement le contraire d’un monument.

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odyssée centre pompidou, archigram 2

Cet anti-monument fait référence à une revue culte underground de sa jeunesse : Archigramme, emplie de collages et de BD, qui incarne les utopies architecturales des années soixante. Les couleurs du futur centre proviennent directement de ces utopies.

odyssée centre pompidou, archigram, fun palace
odyssée centre pompidou, archigram, fun palace

Un projet en particulier influencera directement les deux architectes : Fun Palace de l’Anglais Cedric Preiz , dont la structure en métal, les grands espaces libres et les escalators préfigurent ce que sera le Centre.

La réception

Même Pompidou est un peu décontenancé par le projet, mais affirme que tant qu’il vivra, on ne touchera pas à un cheveu de ce projet. Exposée au Grand Palais, la maquette du projet laisse le public sceptique, on parle de l’erreur monumentale du siècle,  de boîte, de prison, de bâtiment qui a les tripes à l’air, de raffinerie de pétrole, le centre est surnommé Notre-Dame de la tuyauterie, monstre du Marais. Ces polémiques, entretenues par la presse, dureront tout le temps du chantier.

La construction

Piano et Rogers font face à de nombreux blocages : le premier d’entre eux concerne la fameuse piazza qui avait tant plu au jury. La préfecture de la ville n’apprécie pas de laisser un tel espace aux piétons. Mais Piano reste intraitable sur la piazza qui est non négociable. Pour lui, cette pente douce qui coule vers le bâtiment représente l’esprit du projet et présente un signal fort d’ouverture au public qui descend dans le musée. Et ce à l’inverse  de la plupart des musées auxquels on accède par des escaliers souvent monumentaux, ascension vers un temple de la culture. Le problème de cette place, cependant, est lié à la circulation. Au gré des obstacles administratifs, Piano et Rogers doivent modifier leur projet qui perd de sa radicalité et de son intérêt. C’est la raison pour laquelle Georges Pompidou exige que la maîtrise totale du projet leur soit laissée.

odyssée du centre pompidou, projet escalator-00:40:55
odyssée du centre pompidou, projet escalator-00:40:55

Mais le chantier est à nouveau arrêté, par le tribunal administratif cette fois, suite à une plainte d’architectes évincés qui estiment que le projet n’est même pas digne d’être appelé architecture.

odyssée du centre pompidou, escalator 3-00:41:01Le procès reposera sur le prétexte juridique suivant : les deux architectes se sont trop éloignés du projet initial du fait des modifications successives de l’Escalator.

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odyssée du centre pompidou, projet escalator 2-00:40:59

Mais au bout de quatre mois, le tribunal tranche et autorise la reprise des travaux.  Survient alors un nouvel événement : la mort de Georges Pompidou le 2 avril 1974. Il n’aura jamais vu le centre d’art qu’il souhaitait au coeur de la capitale. Son successeur, Valery Giscard d’Estaing n’aime ni l’art contemporain, ni le Centre et veut arrêter sa construction. C’est Chirac qui, fidèle à Pompidou, l’en empêche habilement : il fait voter une loi à l’Assemblée pour rebaptiser le centre Beaubourg et le faire appeler Centre Georges Pompidou. Le bâtiment devient alors intouchable.

La fonctionnalité extérieure

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odyssée du centre pompidou, code couleurs2-00:42:33

Les architectes présentent une nouvelle version de leur projet, réponse radicale et finale faite au conservatisme de leurs opposants et livrent un véritable traité d’architecture fonctionnelle.

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odyssée du centre pompidou, code couleurs-00:42:43
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l’odyssée du centre pompidou, façade maquette-00:44:52

Au lieu de dissimuler les différentes fonctions du bâtiments — comme les aérations, le chauffage, les arrivées d’eau, la climatisation — ils décident de les exhiber : pour eux, rendre le fonctionnement du bâtiment visible est une manière de décréter que l’usage définit l’architecture, faisant du Centre une machine culturelle. La façade entière est parcourue de tuyaux apparents, dont les différentes couleurs reprennent les différen-
tes fonctions : le bleu pour l’air, le vert pour les conduites d’eau, le jaune pour l’électricité, le rouge  pour les circulation du public ( escalator et ascenseur). L’escalator trouve alors sa forme définitive : une longue diagonale, surnommée « chenille », qui traverse la bâtiment.

Les particularités structurelles

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l’odyssée du centre pompidou, gerberette-00:47:39

L’ossature est conçue comme un jeu de construction géant. Métallique, peinte en blanc, elle est constituée d’éléments qui se répètent et s’assemblent pour former une trame régulière. Ces éléments sont : poteaux, poutres, gerberettes et tirants. Viennent ensuite les contreventements.
Les gerberettes sont conçues spécialement par les architectes pour soutenir les poteaux métalliques de 40 mètres de haut et pour y relier les poutres à chaque étage.

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odyssée du centre pompidou, bergerette2-00:47:51

Celles-ci permettent, en outre, de répartir les charges à l’extérieur de la structure, à la manière des arcs-boutants dans l’architecture gothique, créant ainsi ce qu’on appelle une exostructure (exo: extérieure).

La chenille

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l’odyssée du centre pompidou, affiche Jean Widmer-00:49:10

Dépassant sa simple fonction d’escalier mécanique, la chenille part du sol,  dépasse le plafond parisien et propose une promenade architecturale le long de la façade du Centre. Elle deviendra  le point de départ de l’identité visuelle du bâtiment. Jean Vidmer, graphiste suisse qui a révolutionné la mise en page dans les années soixante à travers des publicités minimalistes, est pressenti pour dessiner le logo du musée. Il propose spontanément la façade du Centre comme sujet du logo : le graphisme, pur, simple et indémodable, deviendra l’emblème du lieu.

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l’odyssée du centre pompidou, logo-00:49:57

Le premier février 1977, le Centre Georges Pompidou ouvre ses portes au public.

Passionnant, illustré de nombreuses images d’archives et richement documenté, ponctué d’interviews, ce film explicite remarquablement le contexte artistique et culturel dans lequel a été construit le bâtiment et développe sa genèse de manière détaillée.

Crédits images :

©Let’s Pix/centre Georges Pompidou, 1971-1977, Paris, France ©Studio Piano et Rogers, Architectes.

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