Louis Kahn, Salk Institute, 2, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Louis Kahn, My architect, un film de Nathaniel Kahn

 

Le voyage auquel nous invite ce film est une descente dans l’existence de Louis Kahn, un homme, complexe et multiple dans sa vie privée, mais qui légua une œuvre architecturale reconnue mondialement à travers le Salk Institute ou le Kimbell Art Museum ; le Capitole du Bengladesh ou la Bibliothèque Exeter.

Louis Kahn, avis de décès, in My architect,
Louis Kahn, avis de décès, in My architect,©Nathaniel Kahn

Son fils Nathaniel a 11 ans lorsque son père décède à l’âge de 73 ans à la Pennsylvania Station de Londres. Vingt- trois ans plus tard, Nathaniel décide de retourner sur les traces de celui qu’il a peu connu, puisqu’il avait épousé une autre femme que sa mère et fondé deux autres familles ailleurs.

Louis Kahn, Self portrait, in My architect,jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Self portrait, in My architect,jpg, ©Nathaniel Kahn

Mélange de documents, allers et retours dans le temps, voix off du réalisateur, interviews divers ponctuent ce film émouvant,  hommage à un père, aimant et aimé, mais absent;  hommage à l’architecte également, tour à tour désigné comme artiste, main de Dieu ou travailleur infatigable. Film qui suit les soubresauts de la mémoire et ses raccourcis, qui paraît un peu décousu — mais est en fait  plutôt tissé ou noué selon les liens affectifs de l’esprit.

Au commencement…

Louis Kahn et son fils, in My architect, .jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn et son fils, in My architect, .jpg, ©Nathaniel Kahn

Feuilletant les albums de famille, les journaux et les livres consacrés à son père, Nathaniel Kahn scrute les documents pour retrouver ce père absent.

Livre sur Louis Kahn,in My architect,jpg ©Nathaniel Kahn
Livre sur Louis Kahn,in My architect,jpg ©Nathaniel Kahn

Recherches qu’il avait déjà menées, alors qu’il était à l’université de Yale, par des visites, le week-end,  dans les bâtiments construits par son père : La Yale Art Gallery (1953) et, en face, le British Arts Center (achevé après sa mort). Il marche dans les salles construites par son père, s’attendant presque à le voir surgir brusquement.

Il recueille aussi les témoignages de ceux qui l’ont connu, tel Philip Johnson, architecte et connaissance de  Louis Kahn, qui exprime ainsi son admiration :  Tous mes immeubles ne valent pas les 3 ou 4 qu’il a bâtis. (…) Il était un artiste. Il était libre, comparé à moi.

Louis Kahn,British Art Center in  My architect.jpg ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn,British Art Center in My architect.jpg ©Nathaniel Kahn

Martin Scully, professeur d’histoire de l’art de Nathaniel Kahn, parle de lui comme d’un héros antique. Dès le début, il a recherché la symétrie, l’ordre, la clarté géométrique, la puissance primitive.

Louis Kahn, Yale art Gallery, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Yale art Gallery, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Des monuments faits pour durer. En matériaux inaltérables. Une oeuvre faite pour la permanence.(…) Il y a ces photos de Louis où il sonde la lumière; quand on le voit jouir du silence, cela me donne des frissons. Comme s’il était en communication avec l’essentiel. L’impatience n’est pas permise. C’est au-delà du temps. 

Louis Kahn à Philadelphie

Louis Kahn, Richard Katz Building, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Richard Katz Building, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Il nous convie aussi à regarder les émissions qui ont été consacrées à son père et à son œuvre.  Le Richard Katz Buiding, qualifié à l’époque par le MOma de New-York: immeuble le plus cohérent érigé aux USA depuis la Seconde Guerre Mondiale. Il est important et vigoureux, fondamental et stimulant, bien que les occupants actuels lui trouvent de nombreux défauts et que Nathaniel Kahn, lui-même, n’arrive pas à aimer le seul bâtiment que son père ait construit à Philadelphie.

Louis kahn, Richard Katz Building, 3 in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis kahn, Richard Katz Building, 3 in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Richard Katz Building, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Richard Katz Building, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Plus à l’ouest

Louis Kahn, Salk Institute, in My architect, jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Salk Institute, in My architect, jpg, ©Nathaniel Kahn

I.M.Pei , architecte chinois, (celui de la pyramide du Louvre à Paris) considère le Salk Institute comme un chef d’oeuvre. « L’architecture doit résister au temps. C’est pourquoi le Salk Center sera toujours aussi parfait. Le teck aura perdu de son éclat, mais le côté spirituel de ce projet demeurera. 

Louis Kahn, Salk Institute, 2, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Salk Institute, 2, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Ce fut le premier bâtiment dont Louis Kahn fut pleinement satisfait, alors qu’il était âgé de 65 ans lors de son achèvement. Son assistant de l’époque explique : Il avait une particularité : il était têtu. Lorsqu’un incident se produisait, au lieu de le supprimer, il l’accentuait. C’était son mode de pensée. « Toute adversité, difficulté qu’on met en lumière au lieu de la cacher, est à nous », disait-il. Les cicatrices que laissent sur un immeuble une façon de faire , devaient être révélées. Il croyait à la révélation du processus.

Louis Kahn, Salk Institute, détail, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Salk Institute, détail, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Salk Institute, 3, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Salk Institute, 3, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

L’immigrant

Louis Kahn est né sur une île proche de la côte estonienne, en 1901 ou 1902. Il émigra à Philadelphie  avec ses parents alors qu’il était âgé de 5 ans. Doué artistiquement, il dessinait, jouait du piano dans les cinémas pour gagner sa vie. Il obtint une bourse à l’université de Pennsylvania et fut diplômé en architecture en 1924, mais ce fut sa femme qui fit vivre le ménage jusqu’à ce qu’il ouvrit son cabinet d’architecture en 1947. Louis Kahn se chercha longtemps, jusqu’en 1951. Il obtint alors une résidence à l’Académie Américaine de Rome, et découvrit l’ancien monde. L’éternité. La monumentalité. Lorsque Louis Kahn revint , il savait ce qu’il voulait faire : Des immeubles modernes qui aient la présence et l’âme des anciens.

Dans les années 50 et 60, Ed Bacon doit reconstruire tout le centre ville de Philadelphie, Louis Kahn est sollicité pour faire des plans, mais son génie particulier ne cadre pas avec la réalité des problèmes concrets. Ses fantaisies sont considérées comme brutales et totalement insensibles, petits trucs sans considération d’une grande échelle. Certaines des idées de Louis Kahn sont jugées utopiques ou impraticables — comme de construire de grands parkings circulaires à l’extérieur de la ville pour laisser les gens marcher au centre ville — il se peut aussi que ses origines juives l’aient desservi, pensent certains. Il voulait changer la vie et ne voyait pas la nécessité que toutes les grandes villes américaines se ressemblent.

Le respect de la matière

Au cours d’une master class à l’université de Pennsylvania , il remarque que s‘exprimer, c’est fonctionner. Lorsque l’ on veut de la présence, il faut consulter la nature. C’est là qu’intervient le design. Si vous pensez brique, par exemple, la brique veut un arc. Il est important de comprendre qu’on honore le matériau qu’on utilise.  Il faut glorifier la brique au lieu de l’escroquer.

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Louis Kahn, détail béton, ©Nathaniel Kahn

Frank Ghery : Il était un mystique et n’a jamais parlé le jargon du business. L’architecture est tellement terne chez les modernistes. Tout y était mécanique. Ce qui explique la naissance du post-modernisme. Les gens en avaient assez. Tout était froid et formel. En Amérique, Lou présentait une bouffée d’air frais dans tout cela. Mes premiers travaux découlent de l’admiration que je lui portais.

Lorsque, enfin, les idées de Lou commencent à se faire entendre, il ne lui reste que dix ans à vivre.

Kimbell Art Museum

Louis Kahn, Fort Worth, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Fort Worth, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

(Fort Worth, Texas)

Louis Kahn : Une œuvre d’art n’est pas une création vivante qui marche et court, mais la création d’une vie qui provoquera une réaction. Pour les uns c’est une merveille venue des doigts humains.

Louis Kahn, Kimbell Art Museum,in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Kimbell Art Museum,in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Pour certains, c’est la vie de l’esprit. D’autres y voient le technique même. Certains pensent que c’est la réalité. D’autres, la transcendance.

Louis Kahn, Kimbell Art mueseum 3, in My architect .jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Kimbell Art museum 3, in My architect .jpg, ©Nathaniel Kahn

 Elle se présente comme une sensation, si on l’a éprouvé une fois, on la recherche encore, on doit retrouver cette sensation. Vraiment l’œuvre d’art nous dit  que la nature ne saurait faire ce que l’homme construit.

Louis Kahn, Kimbell Art Institute, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Kimbell Art Institute, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Le travailleur sans argent

Robert A. M. Stern, architecte : Il ne faut pas le mettre sur un piédestal. Il était dans les tranchées. Il bossait sur le projet, il n’y avait ni jour, ni nuit.

louis Kahn, City Tower, in My architect,jpg, ©nathaniel Kahn
Louis Kahn, City Tower, in My architect,jpg, ©Nathaniel Kahn

Peu de temps avant sa mort, son cabinet a accumulé un déficit de 500’000 dollars. Il avait perdu de l’argent sur tous ses projets, excepté le Salk institute.

Louis Kahn, Pocono Art center, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Pocono Art center, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

La liste des projets morts-nés s’allonge chaque jour : le couvent des dominicaines, le projet de la City Tower, le Pocono Art Center avec ses 9000 places, la maison Fleisher, la maison Morris, la tour de bureaux de Kansas City, parmi d’autres.

Louis Kahn, La maison Morris,in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, La maison Morris,in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Et le projet de sa vie  : la synagogue Hurva à Jerusalem, dont il reste des simulations créées par ordinateur.

The Phillips Exeter Academy library, Exeter, New Hampshire

Louis Kahn, Exeter Library, in My Architect, jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Exeter Library, in My Architect, jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Exeter Libray, In My architect.jpg, ©nathaniel Kahn
Louis Kahn, Exeter Libray, In My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Exeter Library, détail plafond, Louis Kahn, in My architect,jpg, ©Nathaniel Kahn
Exeter Library, détail plafond, Louis Kahn, in My architect,jpg, ©Nathaniel Kahn

 

Indian Institute of management, Ahmedabad, India

Louis Kahn, Indian institute of management,in My architect,6,.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Indian institute of management,in My architect,6,.jpg, ©Nathaniel Kahn

B.V. Doshi, architecte indien, confrère qui l’avait invité pour construire l’Institut de Management dit de lui :  Il y a peu d’architectes qui abordent la matière en termes de spiritualité. Le néant comptait, pour lui. Le silence aussi. L’énigme de la lumière aussi. Ce n’est pas un discours commun. C’est ce qui comptait à ses yeux. Ici, il allait atteindre son plus haut niveau de compréhension spirituelle. Pour lui, tout est vivant et tout se transforme.

Et ces mots de Louis Kahn, la veille de sa mort : Je veux juste faire une dernière remarque par respect pour le travail effectué par les architectes du passé. Ce qui a été sera toujours. Ce qui est a toujours été. Et ce qui sera a toujours été. Telle est la nature du commencement.

Le Capitole of Bengladesh

Louis Kahn, Capitole of Bangladesh, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, Capitole of Bangladesh, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Le parlement et le capitole ont été érigés en 23 ans. Comme le Taj Mahal. Tout a été fait à la main par des milliers d’ouvriers, des sacs de ciment sur la tête, sur des échafaudages en bambou.

Louis Kahn sur la chantier du capitole of Bengladesh,in My architect.jpg, ©nathaniel Kahn
Louis Kahn sur la chantier du capitole of Bengladesh,in My architect.jpg, ©nathaniel Kahn

Durant la guerre d’Indépendance contre la Pakistan en 1971, les pilotes ennemis ne l’ont pas visé, car ils croyaient que c’était une ruine. Le complexe fut achevé en 1983, neuf ans après la mort de Louis Kahn.

Louis Kahn, chantier du capitole du Bengladesh, in my architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, chantier du capitole du Bengladesh, in my architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, capitole du bengladesh,intérieur, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn
Louis Kahn, capitole du bengladesh,intérieur, in My architect.jpg, ©Nathaniel Kahn

Il nous a donné l’instrument de la démocratie là où il n’y avait que des champs de riz. Il ne se souciait pas de l’argent que le pays pouvait investir. Ou même s’il pourrait l’achever. Mais il a pu le bâtir, ici. C’est le plus gros projet qu’il ait eu, dans le pays le plus pauvre »

Ainsi va ce film pudique qui se déroule au rythme de la quête de Nathaniel Kahn, qui découvre et comprend peu à peu le père et l’architecte. Il s’achève quand, enfin, le fils pense avoir senti la spiritualité de son père, en Inde, et peut lui dire au revoir.

 

 

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