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Markus Lüpertz au Musée d’Art Moderne, Paris

Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente une rétrospective consacrée à Markus Lüpertz (né en 1941 à Liberec), artiste majeur de la scène allemande. Cette rétrospective réunit peintures, sculptures et œuvres sur papier pour retracer l’ensemble de la carrière de l’artiste, du début des années 1960 à sa production la plus récente, dans un parcours chronologique à rebours ponctué par des citations de l’artiste.

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Markus Lüpertz, La tête d’Hector, 2014©catherinevernet-www.interieurites.com

Né en 1941, Markus Lüpertz se met à peindre dans le climat artistique de l’Allemagne d’après-guerre dominé par l’ex-
pressionnisme abstrait américain et le pop-art. Contemporain de Penck, Baselitz, Kirkeby ou Immendorff, il s’émancipe de ces courants pour instituer sa propre voie, son vocabulaire particulier, fondés sur la mise à l’épreuve permanente des limites de l’art.

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Markus Lüpertz, La tête d’Hector, 2014©catherinevernet-www.interieurites.com

 

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Markus Lüpertz, la tête d’Hector, 2014©catherinevernet-www.interieurites.com

Il instaure, plus largement, un dialogue singulier entre la peinture et la sculpture, le figuratif et l’abstrait, le passé et le présent et revisite
l’histoire de l’art moderne avec une grande liberté stylistique. Renouant avec la figuration, il utilise un répertoire de motifs issus de différents registres, périodes et styles dont le rapprochement inattendu permet une pluralité de lectures. L’artiste associe dans ses œuvres, déclinées en séries, des références à
l’histoire de l’art, aux mythes antiques et à l’histoire contemporaine.

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Pourquoi peignez-vous ? Je ressens la pression du pouce venant d’en haut. Cela amène une perturbation, une tare. Et comme l’huître blessée accouche de la belle perle, cette pression me force à peindre.  

Arcadies, 2013-2015

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Markus Lüpertz,Ulysse II, ©catherinevernet-www.interieurites.com

Depuis 2013 Markus Lüpertz se consacre à un ensemble d’œuvres qui traduit à la fois son intérêt pour les légendes et les figures de la mythologie grecque. Ainsi Ulyssse II navigue sans bras dans une barque usée sur des flots comprimés dans un cube marmoréen aux motifs torturés. Membres coupés, têtes disproportionnées, couleurs vives dramatisent la sculpture autant qu’ils intensifient sa présence.

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Markus Lüpertz,Ulysse II, détail ©catherinevernet-www.interieurites.com

La tension ressentie par le spectateur répond à l’angoisse du visage aux yeux caves et noirs. La composition même de la sculpture unifie et synthétise dans un même corps, l’homme, la barque et les flots et abstrait le personnage dans ce qui constitue son essence.

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Markus Lupertz, Arcadies, Arcadies-La haute montagne , 2013©catherinevernet-www.interieurites.com

Dans les peintures d’Arcadies, l’on voit sa préoccupation constante entre figuration et abstraction. Dans La haute montagne, il rompt délibérément avec la représentation classique de scènes mythologiques en intégrant des corps fragmentés, et en introduisant des éléments « hors-sujet » en quelque sorte, tels  ici un casque d’acier et une selle par exemple,  éléments récurrents de son oeuvre. Il thématise en quelque sorte la dualité inhérente au lieu, à la fois paysage de pastorales, mais aussi lieu de sacrifices humains, pour en donner une vision hors de la réalité, atemporelle ou anachronique, réunissant le nu antique et le casque allemand, en même temps qu’il associe dans une même peinture trois genres « académiques » : la scène mythologique, la peinture de guerre, le paysage.

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Markus Lüpertz, Arcadies-Iphigénie, 2013 ©catherinevernet-www.interieurites.com

Dans Iphigénie (2013), la composition emploie le même procédé, alliance d’un nu avec des objets « hors sujet » : une coquille d’escargot disproportionnée, un casque et une selle.

Sans titre (2013), toile tripartite, juxtapose, une statue antique, deux nus et des objets « hors sujet ». A cette juxtaposition thématique que nous avons déjà relevée précédemment s’ajoute le mélange de deux disciplines, la peinture et la sculpture, ainsi que l’alliance de plusieurs manière picturales : le gribouillage, la coulure, l’aplat et le tachisme. Enfin, une indistinction entre le fond et le personnage, constituée par l’écume en forme de cheval bondissant. Parallèlement à cela un dialogue s’instaure avec le hors-champ, ou hors-cadre, puisque l’on reconnaît dans le nu de dos et dans la femme appuyée à gauche les personnages de La haute montagne. Enfin, la composition plane et continue du tryptique réunit en même temps qu’il sépare les différents tableaux et juxtapose, sans continuité narrative des éléments décontextualisés.

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Markus Lüpertz, Sans titre, 2013©catherinevernet-www.interieurites.com

Qu’attendez-vous de la peinture ? La peinture est culture, et qui dit culture dit substance du monde. La peinture fournit le vocabulaire pour rendre visible le monde.

Nus de dos, 2004-2005

Markus Lüpertz, Nu de dos, 2006©catherinevernet-www.interieurites.com
Markus Lüpertz, Nu de dos, 2006©catherinevernet-www.interieurites.com

Le nu masculin apparaît pour la première fois dans l’oeuvre de Markus Lüpertz au début des années 1980. Ces nus, sans tête, ni pieds, aux bras déconnectés du corps sont  associés à un répertoire de motifs utilisés précédemment : ici, une casquette militaire, des ailes ou une tortue.

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Markus Lüpertz, nu de dos, 2006©catherinevernet-www.interieurites.com

Concernant cette répétition, Markus Lüpertz s’exprime ainsi : La répétition est légitime. Et, s’agissant d’une peinture aventureuse, s’exposer à nouveau à l’aventure et en concurrence avec ce qui a précédé représente une mise à l’épreuve de soi-même et de sa propre œuvre.

Hommes sans femmes, Parsifal, 1993-1997

Markus Lüpertz, Hommes sans femmes.Parsifal, 1994©catherinevernet-www.interieurites.com
Markus Lüpertz, Hommes sans femmes.Parsifal, 1994©catherinevernet-www.interieurites.com

Contenant  plusieurs centaines d’œuvres de techniques et de formats très variés, cette série, inspirée de Perceval, figure mythique du roman de Chrétien de Troyes, constitue aujourd’hui un des ensembles les plus conséquents de l’œuvre de Markus Lüpertz, .

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Markus Lüpertz, homme sans femme, Parsifal, 1994©catherinevernet-www.interieurites.com-

Mais il est probable que l’ar-
tiste se réfère ici plus directement à l’interprétation qu’en a donné Wagner : ce « fou au cœur pur » à qui seule la force de résister à toutes les tentations sensuelles permet d’arriver au bout de sa mission.

Il faut  sans cesse saisir une opportunité figurative pour faire de l’abstraction.

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Markus Lüpertz, hommes sans femmes, Parsifal, ©catherinevernet-www.interieurites.com

Mozart et Salieri (2005)

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Markus Lüpertz, Salieri, 2005 ©catherinevernet-www.interieurites.com

Les personnages de Mozart et de Salieri inspirent à Markus Lüpertz deux statues dans la série des Hommes sans femmes. Les deux arborent un visage blanchi aux yeux exorbités et des lèvres peintes.

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Markus Lupertz, Mozart, 2005©catherinevernet-www.interieurites.com

Un Mozart aux seins féminins et aux courbes généreuses. Symboles de la fertilité créative ?

Le sourire mycénien ,1985

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Markus Lüpertz, Jour d’été, 1985©catherinevernet-www.interieurites.com

Ce cycle de tableaux monumentaux réfère à l’antiquité grecque et représente des mondes composés d’éléments hétéroclites, libérés de leurs références à la réalité. Fasciné par ce thème, l’artiste confie : Le sourire mycénien était l’objet le plus cruel jamais rencontré. Car c’est le guerrier blessé, mourant, qui sourit. C’est un sourire — c’est ainsi que je le ressens — inhumain, presque surhumain.

La guerre, 1992

Markus Lüpertz, ©catherinevernet-www.interieurites.com
Markus Lüpertz, ©catherinevernet-www.interieurites.com

Les quatre peintures sur la guerre représentent l’un des cycles les plus sombres que l’artiste ait jamais peints. Créées au moment du déclenchement de la guerre en ex-Yougoslavie et de la guerre du Golfe.

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Markus Lüpertz, Dictature, 1992©catherinevernet-www.interieurites.com

Sans allusion directe à ces événements, le langage de l’artiste est allégorique, et associe des motifs de violence et d’autres librement inventés. On y ressent le basculement d’une civilisation dans  la barbarie, généralisation qui vaut pour tous les désastres.

D’après Poussin, 1989-1990

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Markus Lüpertz, Poussin, nature morte, 1989©catherinevernet-www.interieurites.com
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Markus Lüpertz, Nature morte au poisson façon Poussin, 1990©catherinevernet-www.interieurites.com

A partir de 1985, le créateur revisite les grandes figures de l’histoire de l’art comme, notamment,  Poussin, Corot, Goya, Courbet, en empruntant leur icônographie ou en utilisant un fragment de leurs tableaux et en le réinsérant dans un contexte nouveau par un procédé qui s’apparente au collage.

Congo, 1981-1982

Markus Lüpertz, Voie lactée©catherinevernet-www.interieurites.com
Markus Lüpertz, Voie lactée, 1981©catherinevernet-www.interieurites.com
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Markus Lüpertz,Barrage-dithyrambique, 1966 ©catherinevernet-www.interieurites.com

Au cours de l’année 1981, l’artiste réalise un ensemble de peintures sur le thème « Congo-Correction du constructivisme » évoquant les principes du cubisme. C’est aussi à cette période qu’il commence à créer ses premières sculptures. Cette manipulation subvertit la tradition cubiste analytique de Braque ou de Picasso. L’allusion à l’Afrique dans le titre s’explique par l’influence qu’a eu la sculpture africaine sur les débuts du cubisme.

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Markus Lüpertz, ©catherinevernet-www.interieurites.com

Il transpose un motif pictural de ses œuvres peintes dans un motif sculpté afin, dit-il, de « dépeupler les peintures ». Sculptures abstraites, ces oeuvres ne sont pas comme chez Braque ou Picasso motivées par une intention analytique, mais se réalisent dans la logique d’une volonté d’abstraction. La peinture appliquée sur les bronzes intensifie la présence matérielle des sculptures et révèle la structure de la surface.

Peinture de style, 1977-1978

Markus Lüpertz,Style, le rendez-vous (gde lanterne) ©catherinevernet-www.interieurites.com
Markus Lüpertz,Style, le rendez-vous (gde lanterne) ©catherinevernet-www.interieurites.com

Markus Lüpertz recourt aux effets de collage dans une série de peintures quasi abstraites, série titrée « peinture de style ».

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Markus Lüpertz, Façade,Stil II, 1977 ©catherinevernet-www.interieurites.com

Il renonce alors largement au motif car « la forme est devenue le motif lui-même ». On retrouve alors dans ces œuvres des éléments presqu’identiques, mais recomposés différemment à chaque fois. Ainsi dans les deux tableaux ci-dessous, formes et couleurs se répondent d’un tableau à l’autre, le triangle noir est doublé, le tacheté jaune sur beige change de forme, le ciel bleu change de place.

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Markus Lüpertz, style, 1977©catherinevernet-www.interieurites.com

Motifs allemands, 1970-1976

A partir de 1970, des motifs liés à l’histoire de l’Allemagne comme les uniformes, les casquettes d’officier, les insignes militaires ou les feuilles de chêne font irruption dans ses toiles. Ces motifs qu’il appelle « allemands » sont systématiquement contrecarrés par l’association d’objets « idéologiquement amorphes » tels que les moules à gâteau, instruments de musique, palettes ou escargots. L’absurdité de l’effet obtenu annule toute lecture univoque et entretient une tension forte entre le contenu et la forme.

Peinture dithyrambique, 1964-1976

Markus Lüpertz, Tunnel de fleurs rouge-dithyrambique, 1969 ©catherinevernet-www.interieurites.com
Markus Lüpertz, Tunnel de fleurs rouge-dithyrambique, 1969 ©catherinevernet-www.interieurites.com

L’artiste à travers ce qu’il désigne sous le terme de « dithyrambe » adopte des procédés qui consistent , comme il le formule lui-même, à imposer aux objets existants une construction. Simplification de la forme, exagération de la plasticité ou encore grossissement du détail poussent l’objet vers sa monumentalité. Comme motifs, il privilégie alors casques, poteaux électriques, traces de pneu. Sans évocation anecdotique et hors contexte ces motifs deviennent abstraits.

Donald Duck, 1963

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Markus Lüpertz, Donald Duck©catherinevernet-www.interieurites.com

Si dans ses premières œuvres, la série des Donald Duck, l’artiste est encore influencé par l’expressionnisme abstrait, il recourt cependant à un motif issu de l’imagerie populaire — ce en quoi il rejoint le pop art —  et  s’éloigne radicalement de ce mouvement par la manière de traiter son motif : gestes virulents, jets de peinture, pâte mêlée de pigments purs rendant l’identification du personnage de bande dessinée impossible.

 

 

Le peintre peut-il échouer ? Oui parce qu’il faut beaucoup de discipline pour vivre jusqu’au bout ce qu’on veut vivre. Parce que le nouveau tableau naît toujours uniquement de l’insatisfaction que laisse le précédent.

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