Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-41

Niki de Saint Phalle : une beauté monstrueuse et violente

Jusqu’au 2 février au Grand Palais, l’exposition Niki de Saint Phalle déplace les foules. Peintre, sculpteure, réalisatrice de films et plasticienne, Niki de Saint Phalle a donné naissance à un univers complexe et singulier, tourmenté et joyeux, nourri de références autobiographiques, culturelles et politiques. Autodidacte et anti-académique, inscrite dans le courant des nouveaux réalistes, Niki subira les influences de nombreux artistes : Gaudi et le parc Güell, Andy Wahrol et le pop art, le Douanier Rousseau, Dubuffet et l’art brut, Pollock et le dripping, pour citer les plus évidents.

niki de saint Phalle, le bateau©catherinevernet
niki de saint Phalle, le bateau©catherinevernet
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-10
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-10

L’exposition déroule un itinéraire qui va des peintures-sculptures au moyen d’objets en 1956-1958 à quelques unes des grandes sculptures conçues en 2000. Confronté aux oeuvres tour à tour gaies, tourmentées, rageuses, poétiques, tristes, violentes, dérangeantes et militantes de l’artiste, le spectateur ne sort pas indemne de ce parcours: admiration et répulsion, tristesse et émerveillement, rêverie et enthousiasme se heurtaient en moi au long d’une exposition qui fut une succession de chocs émotionnels. Je ferai donc ici une présentation forcément partielle mais surtout partiale des œuvres qui m’ont particulièrement remuée, dans l’ordre de leur découverte en salle.

 

La mariée, la mère… 

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-8
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

Niki de Saint Phalle, à l’instar des nouveaux réalistes, utilise des objets de récupération comme élément formel essentiel de son langage : cailloux, débris, pierres semi-précieuses, grains de riz, clous, poupées, boîtes de conserves, grains de café, jouets du folklore américain pour sculpter ses tableaux et façonner ses sculptures. Ici, la figure féminine est déclinée à travers une mythologie personnelle et transformée. La mère apparaît comme une énorme machine-matrice, aux cheveux remplis d’oiseaux et aux viscères débordants de bébé- poupées, de chevaux, de serpents et d’ogres. Vision cauchemardesque remplies des animaux des contes de notre enfance.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-3
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-3

La mariée, remplie de tristesse, disparaît sous un voile qui ressemble fort à un linceul, oripeau ou ornement mortifère, dont le blanc s’étend au visage et à la sculpture entière. Elle penche un visage, qui tient du masque de la Commedia del Arte, sur un bouquet composé de fleurs fanées et de poupées démembrées qu’elle tient  tel un bébé mort-né.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-1
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, Leto©catherinevernet-1

Leto ou La crucifixion aux bras coupés qui ne pourront jamais étreindre exhibe une toison opulente et une poitrine constituée de bébés-poupées et de soldats de plomb —les seconds représentant sans doute l’avenir des premiers —   qui se mêlent à  des alligators et à des éléphants. Le Christ se fait femme, la femme se fait martyre à travers une autre victime, Leto, violée par Zeus.

Les nanas

Emblèmes d’une société matriarcale et féministe,

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

les nanas, oeuvres les plus connues de l’artistes, virevoltent gaiement dans les espaces qui leur sont réservés, exhibant des hanches hypertrophiées,

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

des seins triomphants

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-12
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

et des culs à déborder des mains d’un honnête homme, dans des couleurs criardes et franches.

« Pour moi, mes sculptures  représentent le monde de la femme amplifié, la folie des grandeurs des femmes, la femme dans le monde d’aujourd’hui, la femme au pouvoir.(…) Je voulais inventer une nouvelle mère, une déesse mère. »  (Emission de radio, Les jalons de l’histoire, 26 mars, 1967)

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-5
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet

Les scènes

Niki de Saint Phalle, gd Palais, la promenade dominicale©catherinevernet
Niki de Saint Phalle, gd Palais, la promenade dominicale©catherinevernet

La vision que donne l’artiste de sa famille laisse songeur, un couple (ses parents) promène une  araignée, symbole des attaches gluantes du mariage, tissées au long des habitudes que stigmatise la promenade du dimanche.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-22
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, Le thé chez Angelina©catherinevernet-

Le thé chez Angelina présente quant à lui des mères dévorantes, écho de la dureté de sa propre mère. Sur la table, un bébé-poupée à la jambe tordue repose en compagnie d’un demi-aligator sur une assiette.

Les tirs

Il s’agit bien de tirer, au sens littéral du terme, sur des tableaux : contenues dans des sacs crevés par les balles, les couleurs saignent sur la toile, mises à mort symboliques de la peinture.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, Tears©catherinevernet-

Artiste dont l’oeuvre intègre nombre d’événements autobiographiques, Niki de Saint Phalle intitule ses tirs,  Tears, larmes versées et lamentations du deuil et de la destruction psychique. Les tirs sont une métaphore du passage de la vie à la mort autant que de la mort à la vie, mort du traumatisme autant que tentative de libération du moi. Performances publiques et médiatisées, ces tirs semblent décharger les traumatismes de l’enfance. Comment comprendre autrement l’oeuvre intitulée  la mort du patriarche ? A la tête atrophiée du géniteur qui abusa d’elle alors qu’elle avait une douzaine d’années, correspond un pénis aéroplane; le corps est parsemé de bombes aérosols explosées, de jouets d’enfant cassés, de ces jouets qui transforment les garçons en soldats. Sur les épaules du père se joue la guerre. Rappelons que Niki de Saint Phalle, mi-française, mi-américaine, est contemporaine de la guerre d’Algérie et de la guerre du Vietnam.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais,La mort du patriarche, détail ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais,La mort du patriarche, détail ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, La mort du patriarche©catherinevernet-28
Niki de Saint Phalle, Grand Palais,La mort du patriarche ©catherinevernet-28

Les dessins

Dessins autobiographiques, correspondances, carnets de recherches constituent un moment poétique de l ‘exposition : couleurs vives, entrelacs imaginaires et formes déliées agrémentent ses lettres, ses croquis de même que son journal. On y retrouve les Nanas, son bestiaire, Niki en héroïne qui tel Saint Georges terrasse le dragon.

L’immense tableau-tir : King-Kong

Le cinéma, plus particulièrement les films de monstres, sous-genre du cinéma fantastique,  joue également un rôle dans la construction de l’univers de Niki de Saint Phalle.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais,Pyrodactyl over NY ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais,Pyrodactyl over NY ©catherinevernet-

Réalisés à Los Angeles en 1963, King Kong et Pyrodactil over New- York, peintures -scupltures composées de plâtre et d’objets divers, mettent en scène un monde apocalyptique. L’artiste substitue  un monstre dinosaure au gorille initial, monstre des origines questionnant la violence qui sévit dans la sphère privée comme dans la sphère publique. Elle investit  le traumatisme de la guerre froide de sa mythologie personnelle. On y reconnaît, stigmatisés par des masques grimaçants, Khrouchtchev, Kennedy, De Gaulle, Fidel Castro, Lincoln.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, King Kong,Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, King Kong,Grand Palais, ©catherinevernet-

On ne peut s’empêcher de penser au 11 septembre lorsque l’on voit les avions heurter les tours des gratte-ciel new-yorkais.

La sculpture monumentale

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

Le rêve de Diane révèle un enchevêtrement de formes chimériques qui hantèrent toute sa vie l’artiste à qui nous laisserons le mot de la fin.

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-41
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

 J’ai commencé à peindre chez les fous, à l’âge de 22 ans, atteinte de dépression nerveuse, écrit Niki. J’y ai découvert l’univers sombre de la folie et sa guérison, j’y ai appris à traduire en peinture mes sentiments, les peurs, la violence, l’espoir et la joie. 

Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-
Niki de Saint Phalle, Grand Palais, ©catherinevernet-

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