Pierre Paulin, fauteuil Tongue

Pierre Paulin: du designer au concepteur d’espace

Cinq ans après sa mort, les éditions Albin Michel sortent cette année une monographie sur Pierre Paulin, né le 9 juillet 1927 à Paris et mort le 13 juin 2009.

Pierre Paulin, portrait
Pierre Paulin, portrait, ©bsa.biblio.univ-lille3.fr

Refusant le parti pris de la chronologie systématique, l’auteur, Nadine Descendre, partage sa présentation en quatre parties : la genèse, les ancrages, le temps de l’expérience, puis, sous forme de conclusion, un chapitre intitulé : les années de reconstruction personnelle.

Pierre Paulin, dessin préparatoire
Planche présentation, 1961, foyer de la maison de la radio, ©DR
Pierre Paulin, monographie
Pierre Paulin, monographie, Nadine Descendre,©albinmichel.fr

Richement  illustré par les photos  de Benjamin Shelly, l’ouvrage présente dessins préparatoires, meubles et détails de matières, croquis à la volée et perspectives, plans et descriptifs ainsi qu’archives photographiques.

 

 

L’inspiration de la nature : la faune et la flore

Pierre Paulin, mushroom
mushroom, ©archiproducts.com

Les formes courbes —  autant que les noms : tranche d’orange, champignon, fleur, tulipe, chat, papillon  — qu’il donna à certaines de ses créations en font un designer organique, inconditionnel de la ligne courbe continue.

pierre paulin, fauteuils Flower
Flower, © archiexpo.fr

« Mes idées relèvent de la plus simple des observations. Prenez par exemple le siège Orange Slice. Son dessin procède principalement d’une observation élémentaire : j’ai vu deux tranches d’orange et c’était fait. Avant j’avais regardé, étudié, une quantité de travaux de designers réputés. Mais en fin de compte mes pièces proviennent toutes d’une observation objective d’éléments naturels. »

pierre paulin, orange slice
Orange Slice, ©architonic.com

Composé de deux coques en hêtre pressé totalement identiques enrobées de mousse moulée et d’un piètement métallique tubulaire en acier chromé et conçu avec un ottoman, le siège Orange Slice a été édité par la maison Artifort en 1960 .

Pierre Paulin, le chat, fauteuil
Le Chat, ©archiexpo.fr
Pierre Paulin, fauteuil pivotant, tulipe
Tulipe, ©archiexpo.fr

Pour le fauteuil Le Chat, Pierre Paulin s’inspira de la ligne d’un chat au dos rond et à la queue dressée. Le fauteuil Tulipe s’inspire de la fleur éponyme en donnant aux accoudoirs la forme caractéristique d’un pétale s’ouvrant. Quant au fauteuil Butterfly, créé en 1963 pour Artifort, il se compose d’une structure en acier tubulaire et de deux feuilles de cuir.

Pierre Paulin, Butterfly chair
Butterfly, ©2014 Pierre Paulin

L’empreinte du corps

Pierre Paulin privilégiera une réflexion sur le corps humain. Dos à Dos et Face à Face, premières recherches sur l’emploi de mousses aux densités différentes permettant la fabrication de sièges sans structures internes, suivent l’empreinte d’un corps assis confortablement.

Pierre Paulin, divan face à face
Face à Face, ©paris-art.com
Pierre Paulin,divan, Dos à dos
Dos à Dos, ©paris-art.com

Moule en creux de nos corps, ces divans de relaxations à la ligne pure et ondulante, furent conçus dans le cadre d’une recherche d’assises  pour des lieux publics en collaboration avec l’atelier de Recherche et de Création du Mobilier National. Certains lieux culturels, parmi lesquels le Louvre, en ont fait l’acquisition très rapidement.

Le fauteuil F577, dit La Langue,créé en 1967possède un chassis en tubes d’acier recouvert d’Elastifort (latex et toile) et de mousse de polyuréthane. Emblème du Flower Power, cette langue en forme de pétale propose une assise près du sol.  » Mes sièges ? Si l’image n’est pas trop hardie, disons qu’ils devraient à l’égal d’un rocher faire étroitement corps avec le sol (…) Les tissus ? Dans les mêmes tons que ceux de la moquette afin de souligner justement ce caractère d’unité, ce côté indissociable. »

 

Pierre Paulin, fauteuil Tongue
Tongue, ©marieclairemaison.com

L’influence japonaise

Cette volonté de se rapprocher du sol trouvera son apogée dans le fameux Tapis Siège. Pierre Paulin a été le premier à concevoir un usage moderne et renouvelé du tapis à l’occasion du Salon des Arts Ménagers de 1965. Ce tapis, plié tel un origami, traduit l’influence qu’un premier voyage au Japon eut sur le designer décorateur. Il en retient la modularité des éléments, les parois mobiles, le pliage et surtout la simplicité des lignes, conforme à son refus du décoratif ou du superflu.

Pierre Paulin, tapis siège
Tapis siège, ©design-inarmag.blogvie.com

Une icône: le fauteuil Ruban

Il s’agit d’un modèle entièrement capitonné, imaginé par Pierre Paulin en 1966. Une vision novatrice de la forme du ruban qu’il inventa un soir alors qu’il dînait avec son père en pliant une serviette de tissu. Ce fauteuil fut considéré par son auteur comme un amusement et un défi pour conquérir d’un seul geste une simplicité minimaliste. Constitué d’une structure métallique à ressorts horizontaux couverte de mousse et de tissu stretch et d’un piétement en bois pressé laqué. Un exemple éclatant d’art appliqué. Il est à  l’origine  des premiers prix reçus par Pierre Paulin, dont le célèbre Design Award of Association of Interior Designers. Ce modèle fait partie des collections de la National Gallery, de Victoria à Melbourne  et du Museum of Modern Art à New York.

Pierre Paulin , le Ruban, fauteuil
Le Ruban de face ©archiproducts.com
Pierre Paulin, le Ruban, fauteuil
Le ruban, avec ottoman, ©archiproducts.com

La commande de l’Elysée : l’espace dans l’espace

Témoignage de l’engouement pour le design des années 70 du couple Pompidou, la décoration des appartements privés de l’Elysée a été confiée à Pierre Paulin. On notera le plafond de la salle à manger qui comme le tapis siège manifeste la volonté, chère au designer,  de recréer un espace dans l’espace, transgressant en quelque sorte les limites que lui impose l’espace architectural originel. On observe également un second plafond dans les dessins de présentation du foyer de la Maison de la Radio (cf. plus haut).

Les commandes publiques seront nombreuses: foyer de la Maison de la Radio et hall d’entrée de l’ORTF, restauration de certaines salles du Louvre, fabrication de stands pour le salon de l’automobile, aménagements pour Dior et pour le magasin Roche Bobois, création et réalisation des halls et restaurants de l’hôtel Nikko à Paris, collaboration avec le Mobilier National pour n’en citer que quelques unes.

Les recherches sur les matières

Plus que des effets décoratifs, Pierre Paulin désirait des techniques et était à l’affût de toute découverte dans le domaine des matériaux. Il cherchait des nouveaux procédés pour fondre ou mouler des pièces ainsi que des matières susceptibles d’induire de nouvelles formes et de nouveaux usages, en particulier le  » houssage ». L’usage des premières mousses de caoutchouc, la recherche de tissus extensibles, solides et élastiques, les innovations dans le domaine des mousses de latex ou de polyester, l’emploi des bois moulés ou pressés, les injections de résines sont autant d’enjeux techniques qui l’ont passionné.

En guise de conclusion

Présenté d’emblée comme un homme complexe et contradictoire, Pierre Paulin est décrit comme un homme anxieux, soucieux d’une forme essentielle et minimale, en adéquation avec les besoins de l’usager, respectueux de la technicité et de l’habileté de l’expérience, détaché des formes conventionnelles, attentif aux  transformations de la vie sociale. Sa démarche développe un univers formel entre classicisme et futurisme. « Le design c’est une pratique. Ce n’est pas un style. Le designer est au service du public, des usagers. Un fauteuil c’est d’abord pouvoir s’adosser. C’est pour cela que j’ai fait des efforts inouïs pour créer des choses honorablement utilisables dans les maisons.« 

 

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