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Le radical design ?

 

Alors que l’Italie est en pleine période d’instabilité économique et tente de maintenir ses exportations  en poursuivant sa politique industrielle de design, un débat s’instaure entre les tenants du design pur ou Good Design et une vague contestataire promue par une minorité de designers d’avant-garde, développant une critique engagée de la société de consommation qui n’obéit plus qu’à la loi de l’offre et de la demande. Usant de la dérision, ils font une arme de destruction, mais aussi de création, et se sont notamment attaqués à la définition de ce qu’est le bon goût en même temps qu’ils questionnent leur époque à travers des concepts novateurs.

Le Radical Design

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italie, radical design, archizoom associati,©DR

Présentant des similitudes avec l’Antidesign, créé en 1966 par Joe Colombo, le Design Radical est cependant plus théorique, politisé et expérimental. Il tenta de changer la perception du courant moderniste à travers des projets utopistes. On voit alors émerger, au sein de la faculté d’architecture de Florence, des groupes de design comme Superstudio et Archizoom qui organisent ensemble deux expositions, l’une à la  Pistoia, en 1966, à la Galleria Jolly 2, et l’autre, en 1976, au musée municipal de Modène.

Archizoom

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radical design, archizoom, dreambed,©aa-joseph-vallot.blogspot.fr

Archizoom est fondé à Florence en 1966 par Andrea Branzi, Gilberto Corretti, Paolo Deganello et Massimo Morozzi. Le nom rend hommage au groupe anglais Archigram et reprend l’univers fictionnel et populaire de la bande dessinée et du pop art.

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italie, radical design, archizoom, dreamsbed,1967©frac-center.fr

Archizoom tend à favoriser les mises en situation qui permettent à l’usager d’être acteur de son milieu. Faire de l’architecture ne voulait pas dire uniquement faire des maisons ou, de façon plus générale, construire des choses utiles ; c’était s’exprimer, communiquer, débattre, créer librement son propre espace culturel, en fonction du droit de chaque individu à réaliser son propre environnement. (Andrea Branzi).

radical design,Archizoom, dreambed, Rose impériale, 1967
radical design,Archizoom, dreambed, Rose impériale, 1967, ©aa-joseph-vallot.blogspot.fr

Refusant les valeurs consuméristes, les membres du groupe choisissent la dérision pour dénoncer la crise culturelle des sociétés occidentales et l’appauvrissement généralisé de la création. Avec les Dreamsbed, en 1967, ils introduisent le néokitsch dans l’espace traditionnel de la chambre à coucher.

Ils réalisent pour Poltronova, entre 1966 et 1973, des meubles modulables qui transmettent des messages libérateurs et réclament une nouvelle autonomie dans la gestion des espaces (canapés Superonda, 1966 et Safari, 1967).

radical design, archizoom, canapé safari.
radical design, archizoom, canapé safari.©artvalue.com

Le canapé par éléments Safari, édité par Poltronova en 1968, est constitué de quatre blocs en fibre de verre à l’intérieur desquels sont creusées les assises recouvertes de mousse de latex. Il s’agit d’un « espace de vie » modulaire qui, avec son faux léopard et sa forme de fleur, prend le parti du kitsch et se moque du préjugé selon lequel « Good
Design » signifierait « bon goût ».

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italie, radical design, archizoom, canapé superonda, 1967©joron-derem.com

Créé en 1967 pour Poltronova, le canapé Superonda, découpé en forme de vague dans un bloc de mousse de polyuréthane et recouvert de vinyle, est d’un poids exceptionnellement léger et donc facile à déplacer. Il offre plusieurs configurations — chaise longue, canapé ou divan.

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italie, radical design, archizoom, fauteuil Mies,, ©design-museum.de

La chaise longue Mies créée en 1969, en métal chromé et feuille de latex tendue, est un nouvel exemple de la tentation d’échapper au modernisme, mais n’en reste pas moins une nouveauté fonctionnelle. Née dans une époque qui réédite nostalgiquement la Wassily de Breuer et le mobilier tubulaire de le Corbusier ainsi que la Barcelona De Mies Van der Rohe, la chaise Mies se veut aussi bien tribut au grand  Mies que réfutation de la formule rabâchée  qui fait naître la forme de la fonction, dans la mesure où elle présente une forme qui semble totalement en contradiction avec sa fonction. Les angles aigus de la forme globale et structurelle s’opposent également aux courbes du mobilier tubulaire alors en vogue. Le repose-pied et l’appuie-tête en peau font quant à eux référence au goût de Le Corbusier pour cette matière.

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italie, radical design, archizoom, siège AEO, 1973, ©design-museum.de

De Paolo Deganello avec Archizoom, le siège AEO est édité en 1973 par Cassina. Il est composé de métal laqué pour la structure, de plastique courbe pour la base et de textile pour le dos et les accoudoirs. Un coussin sert d’assise. Lors de sa présentation, le siège, indéniablement confortable, attira une attention due à son apparence inhabituelle. Caricature d’une robuste chaise pour regarder la télévision ou  nouvelle esthétique fonctionnelle ? Séparant la base, le dos et le siège par l’emploi de matériaux différents, Donagello ré-interroge  et distingue chacun des éléments, distinction accentuée par le fait que AEO était disponible sous la forme d’un « build-it-yourself ». Ce siège fait partie de la collection du Vitra Design Museum.

Des mêmes auteurs, il existe la lampe  dont nous avons parlé dans notre article sur les luminaires des années 60.

Au-delà de ces expérimentations dans le domaine du design, Archizoom développe une recherche sur la ville, l’environnement et la culture de masse, à travers le projet No-Stop City et pose ainsi les jalons théoriques d’une recherche radicale en architecture. Il s’agit d’une utopie critique, d’un modèle d’urbanisation globale, imaginé par le design devenant outil conceptuel fondamental pour modifier les modes de vie et le territoire.

Le groupe sera dissous en 1974 et ses membres furent, la même année, parmi les fondateurs de Global Tools, contre-école d’architecture et de design qui défendait le libre développement de la créativité individuelle.

Superstudio

Superstudio -  portrait du groupe avec les tables quaderna.
Superstudio – portrait du groupe avec les tables quaderna., ©DR

Fondé à Florence en 1966-67, le groupe Superstudio réunit les architectes Adolfo Natalini (1941), Cristiano Toraldo di Francia (1941), Roberto Magris (1935-2003), Piero Frassinelli (1939), Alessandro Magris (1941-2010) et Alessandro Poli (1941). Jusqu’à sa dissolution en 1982, Superstudio poursuit des recherches théoriques, tout en travaillant dans le domaine de l’architecture (scénographies, constructions) et du design (objets, meubles) et remet en cause le fonctionnalisme, l’accusant entre autres d’apporter, sous couvert de recherche ergonomique, des arguments publicitaires aux entreprises capitalistes.

Tout au long des années 60 et 70, la société Poltronova a fabriqué de nombreux modèles conçus par les acteurs du Radical Design, dont un certain nombre de luminaires pour Superstudio comme la Passiflora (1968) ou la Gherpe (1967).

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italie, radical design, superstudio, lampe passiflora, ©archiexpo.fr

La lampe Passiflora a été conçue la première fois en décembre 1966 en tant qu’élément de l’exposition Superarchitettura, manifeste pour la conception radicale. La coupe diagonale à la base donne à l’objet un apparence pseudo-normale, entre l’artificiel et l’habituel, dans un jeu espiègle d’illusion d’équilibre. Cette pièce a parfaitement incarné les ambitions conceptuelles d’évasion et d’invention destinées à attirer l’attention en stimulant un comportement transgressif. Le corps de la lampe mesure 28 cm de hauteur et est en méthacrylate opalescent de couleur.

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italie, radical design, superstudio lampe Gherpe, 1967, ©drouot.com

La lampe de sol Gherpe (du nom d’un monstre imaginaire qui effraie les enfants)  est constituée de bandes d’acrylique Perspex translucides montées sur une structure chromée.

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italie, radical design,superstudio, lampe Gherpe, 1967,©artvalue.com

Cette pièce reflète l’intérêt du groupe pour les mutations que peut provoquer la répétition du même composant dans un objet, permettant à la fois de transformer son apparence tout en modifiant l’intensité de la lumière. Cette lampe se décline en blanc, en multicolore ou en une couleur uniforme.

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italie, radical design, superstudio, lampe olook,1968, ©DR

La suspension Olook conçue en 1968, ressemble de façon délibérée à un casque de cosmonaute  et s’inscrit dans la volonté du groupe de contester les valeurs du Good Design des années 50, reposant en grande partie sur les valeurs du Bauhaus et du style international.

itaie, radical design, superstudio, canapé bazaar
itaie, radical design, superstudio, canapé bazaar, ©centrepompidou.fr

Dans les années 70, le groupe conçoit le canapé-habitacle  au nom irrévérencieux de  Bazaar composé de sept éléments identiques  en polyester armé de fibre de verre, juxtaposés pour former un habitacle concave et isolant phoniquement. La garniture est en mousse de polyuréthane et le revêtement en textile.

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italie, radical design, superstudio, table quaderna, ©classicdesign.it

L’ensemble Quaderna édité par Zanotta en 1970 décline tables carrées ou rectangulaires, basses ou hautes, bureau, console et tabouret. La forme simple et fonctionnelle de cet objet culte laisse de côté l’expression personnelle et s’inscrit  en porte-à-faux du reste de la production du groupe Superstudio.

superstudio, exposition quaderna
italie, radical design,superstudio, exposition quaderna, ©DR

Quaderna dénonce en effet les excès du Pop Design, très en vogue à cette époque-là. Les formes strictes et géomètriques, les angles nets de cette console s’oppose aux formes courbes et ludiques, aux couleurs flashy, qui caractérisent les productions de cette période.  Récompensée par de nombreuses distinctions, elle est aujourd’hui exposée au Musée National d’Art Moderne de Paris. Les éléments  Quaderna sont réalisés en panneaux alvéolaires ( dérivé du bois) et possèdent un revêtement en Print (plastique lamifié) avec un motif  quadrillé.

Groupe Strum

Italie, radical design, groupe strum, siège pratone
Italie, radical design, groupe strum, siège pratone, ©architonic.com

Du Gruppo Strum créé en 1963 à Turin, nous retenons le siège-sculpture Pratone, dessiné en 1966 et édité en 1970 par la société Gufram, qui pourrait s’inscrire dans les expérimentations du radical design. En mousse de polyuréthane moulée, il se présente comme une version XXL d’un carré de gazon et nous confronte à une part de nature mutante, artificielle et triviale, provoquant des sentiments de curiosité et de contradictions chez le spectateur. On ne sait trop si s’asseoir ou s’allonger sur le gazon est une idylle perdue ou doit être vue ironiquement comme une utopie datée.

Très conceptuel, le  Radical Design s’oppose donc à cette époque à de nombreuses caractéristiques modernes et post modernes, notamment le fonctionnalisme, la déclinaison des traditions culturelles, ainsi que la culture vernaculaire comme source d’inspiration ; il refuse en outre d’accorder une valeur esthétique aux techniques de construction et cesse de croire à la libération par le progrès et la modernisation ;  enfin, il n’accepte pas de revenir à des traditions classiques redécouvertes.

 

 

 

 

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