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Sécession viennoise : Otto Wagner

Otto Wagner, architecte et designer, peut être considéré comme le père de l’architecture moderne. Toute création moderne doit intégrer les nouveaux matériaux et répondre aux exigences du présent. L’art a pour seul maître la nécessité.

 

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Otto Wagner, portrait ca 1900 ©DR

Né en à Penzing, banlieue viennoise, Otto Koloman Wagner est issu d’un milieu grand-bourgeois. Entre 1857 et 1862, il étudie à l’Académie Royale d’Architecture à Berlin et à Vienne :  d’abord à l’Institut polytechnique, puis à l’Académie des beaux-arts.  En 1862, âgé de 21 ans, il entre à l’atelier de Heinrich von Försters après un stage pratique dans la maçonnerie. Il commence, dès 1864, à élaborer des projets de constructions de style historiciste.

Otto Wagner, station de métro, 1898
Otto Wagner, station de métro, 1898, ©DR
Otto Wagner, station de métro, 1896-98
Otto Wagner, station de métro, 1896-98, ©DR

En 1893, il remporte un prix d’urbanisation de la ville de Vienne. En 1894, il succède à Hasenauer comme professeur à l’académie des beaux-arts. Cette année-là, il reçoit la mission de réaliser l’architecture du métro de Vienne.

À partir de 1898, les éléments typiques de l’historicisme se font de moins en moins présents dans ses réalisations et il entre dans une période sécessionniste caractérisée notamment par les ornements de grande taille pour lesquels il est connu.

Otto Wagner, Lupusheilstätte, 1910-1913
Otto Wagner, Lupusheilstätte, 1910-1913, ©wien.gv.at

Avec le temps, ses constructions se font de plus en plus simples et de plus en plus fonctionnelles dans leurs formes. Wagner peut ainsi être considéré comme un ancêtre de la Nouvelle Objectivité.

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Otto Wagner, villa Wagner, ©DR

Sa seconde villa, conçue en 1905, mais réalisée en 1912-1913 à Hütteldorf, ainsi que la Lupusheilstätte, son dernier immeuble Neustiftgasse 40 à Neubau, en sont de parfaits exemples.

Neustiftgasse 40,Otto Wagner, ©Thomas Ledl
Neustiftgasse 40,Otto Wagner, ©Thomas Ledl

 

Otto Wagner, 4 Döblergasse, 1912©Wienbilder
Otto Wagner, 4 Döblergasse, 1912©Wienbilder

Le , Otto Wagner meurt, âgé de 76 ans, dans son appartement de Neubau, 4 Döblergasse, immeuble qu’il avait fait construire en 1912. Il repose au cimetière de Hietzing, dans une tombe conçue par ses soins.

Meubles

Les premiers meubles connus d’Otto Wagner, dessinés dans les années 1880, une époque qui voue un véritable culte à l’ornement, frappaient déjà par  l’économie du décor.

Otto Wagner, table servante ca 1895
Otto Wagner, table servante, ca 1895,© musée d’orsay

Table servante, créée vers 1895, en placage de noyer verni sur contreplaqué. Pieds en laiton nickelé.

Otto Wagner, Cabinet, 1898-99, ©vam.ac.uk
Otto Wagner, Cabinet, 1898-99, ©vam.ac.uk

Cabinet en noyer avec incrustations de nacre, vitres en verre biseauté. Vers 1898-99.

Otto Wagner, fauteuil 1898-99, ©vam.ac.uk
Otto Wagner, fauteuil 1898-99, ©vam.ac.uk

Fauteuil en noyer et assise de cuir avec incrustations de nacre et dossier ajouré ligné. Vers 1898-99. Dessiné pour la salle à manger de son appartement.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, paire de chaises 721, 1902 ©admagazine.fr
Otto Wagner, paire de chaises 721, 1902 ©admagazine.fr

Otto Wagner, chaise 721, chaise en bois au dossier cintré ajouré par une triple ligne de cercles.Vers 1902.

Plus tard, l’enseignement que Wagner dispense à l’Académie des Beaux-arts de Vienne donne au mobilier viennois contemporain ses fondements théoriques et pratiques. Selon lui, l’expression formelle d’un meuble ou d’un objet utilitaire naît de la fonction et du matériau employé. Le décor, réduit au minimum, ne sert plus alors qu’à souligner les principes constructifs ou à servir de protection.

années 1900, Autriche, sécession viennoise, Otto Wagner, Table d'appoint, ©ottowagner.com
Otto Wagner, Table d’appoint, ©ottowagner.com

Table d’appoint en hêtre courbé et chêne avec aluminium pour un bureau. Réalisation Thonet.

Otto Wagner, chair, 1902, ©1stdibs.com
Otto Wagner, chair, 1902, ©1stdibs.com

Chaise en bois courbé et dossier ajouré par des trous en forme de cercles et de rectangles arrondis, vers 1902.

Otto Wagner, fauteuil, 1906
Otto Wagner, fauteuil, 1906, ©1stdibs.com

Fauteuil en hêtre teinté acajou et cuir. Fabriqué par J.&J. Kohn en 1906.

 

 

Die Zeit

années 1900, sécession viennoise, Reconstruction de la façade pour Die Zeit, 1902:1985
Otto Wagner, Reconstruction de la façade pour Die Zeit, 1902/1985

En 1902, Wagner se voit confier la réalisation du bureau des dépêches du journal Die Zeit au n° 32 de la très élégante et bourgeoise Kärntnerstrasse. Il crée à cette occasion une façade entièrement revêtue de verre et d’aluminium qui fait figure de véritable manifeste de la modernité viennoise.

années 1900, sécession viennoise, Autriche, Otto Wagner, armoire pour Die Zeit, 1902
Otto Wagner, armoire pour Die Zeit, 1902, ©musee-orsay.fr

Les meubles de l’agence, dont cette armoire est issue, sont également dessinés par lui. Wagner adopte avec franchise les matériaux et techniques de l’industrie. Toute ornementation superflue a disparu. Seul l’assemblage de lattes de bois sombres, en hêtre verni noir, et de tiges d’aluminium sert à animer la surface ou à souligner la structure. Cet ensemble apparaît comme une sorte de prototype de
l’ameublement que Wagner développe peu après dans les salles et bureaux de la Postsparkasse (Caisse d’épargne postale, 1904-1906). Il permet de mesurer combien le mobilier qu’il imagine est indissociable de ses principales réalisations architecturales.

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Otto Wagner, table, 1902

Table en bois avec piètement tubulaire créée pour l’espace d’exposition du bureau de dépêche du Zeit. Créée en 1902.

Otto Wagner, canapé pour Die Zeit office, ©DR
Otto Wagner, canapé pour Die Zeit office, ©DR

Canapé en bois, cuir et aluminium .

Banc en bois au dossier perforé. Vers 1902-1904.

Otto Wagner, banc pour Die Zeit, 1902-04, ©DR
Otto Wagner, banc pour Die Zeit, 1902-04, ©DR

 

Postsparkasse

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Otto Wagner, Postsparkasse, dessin, ©DR

Le bâtiment de la Caisse d’épargne de la poste de Vienne, synthèse entre esthétique et fonctionnalité, lui apporte une vraie renommée.

L’appel d’offres pour la construction de l’épargne postale Imperial-Royal était une étude ouverte et anonyme menée en février 1903.

Le projet d’Otto Wagner est sans aucun doute le plus soigneusement élaboré de tous ceux qui sont présentés au jury. Il était le seul participant en mesure de combiner la vision d’une nouvelle banque d’épargne postale avec une nouvelle architecture, l’esthétique répondant ainsi à la fonctionnalité.

Au cours de l’année suivant le concours, Wagner révise ses plans originaux et porte une particulière attention à la partie centrale de l’édifice qui donne sur une petite place, la Georg Coch Platz. La structure de l’arche haute de métal et de verre sur le dessus est remplacée par des greniers horizontaux, et le mur surmonté d’une balustrade. Ces modifications lui ont permis d’atteindre une plus grande harmonie entre la ligne horizontale du bâtiment et le rythme horizontal des fenêtres, conférant intégrité à l’ensemble .

La Caisse d’épargne postale à Vienne, a été construite en deux phases :  le premier bâtiment, sur le côté est, a été construit entre 1904 et 1906 et le second, sur le côté ouest, les arrières du bâtiment, a été réalisé entre 1910 et 1912.

 Plan

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparkasse, 1904-1912, plan, ©archweb.it
Otto Wagner, Postsparkasse, 1904-1912, plan, ©archweb.it

Le bâtiment suit un plan trapézoïdal.

années 1900, sécession viennoise, Otto Wagner, Postsparkasse, vue du ciel, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse, vue du ciel, ©DR

L’ensemble du bâtiment est construit autour du hall central où l’exigence fonctionnelle est très claire.

Ce bâtiment en forme de trapèze, est harmonieusement développé autour de la salle centrale. La gestion flexible de l’espace, l’absence d’ornementation et l’intégration de deux matériaux, le verre et le fer, reflètent clairement l’évolution de l’architecture historiciste conventionnelle vers la tendance architecturale de la Sécession, l’architecture moderne, appelée parfois le  » style utile ou fonctionnel ».

Bien que son aspect se distingue nettement des autres bâtiments environnants, l’architecte a une approche respectueuse pour maintenir certaines caractéristiques de l’environnement, comme la volumétrie, la couleur et le rythme des ouvertures.

La Façade

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparkasse, façade, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse, façade, ©DR

L’extérieur est différent de tout ce que Wagner avait conçu à ce jour. Un principe novateur pour ce monument : il est construit en briques et recouverts de fines plaques de marbres et de granit.Otto Wagner invente donc le parement. Le revêtement est fixé aux murs par du mortier. Les boulons en aluminium sont laissés apparents afin de montrer la structure du bâtiment.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparfassen , détail de la façade, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse , détail de la façade, ©DR

Si la façade est recouverte de rivets en aluminium,  ceux-ci ne masquent pas les lignes claires et sont également des éléments décoratifs qui animent la façade sans lui faire perdre de sa planéité ou de sa rigueur et confèrent à la Banque son élégance simple. Ce motif de grille donne au bâtiment un aspect particulier et un rythme varié malgré l’unité de la fenestration. Seul un motif plus soutenu souligne la légère saillie de la façade principale.

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Otto Wagner, Postsaving Banks, détail de la façade, ©quintilake.com
Années 1900, Autriche, sécession viennoise, Otto Wagner, Postsparkasse, Détail façade, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse, Détail façade, ©DR

Sur la partie supérieure de l’extérieur, il y a des décorations plus élaborées, comme les statues féminines tenant des lauriers dans leurs mains. Ces deux femmes ailées situées dans la corniche de la façade, ont été fabriquées par Schimkowitz. Elles sont en aluminium.

L’entrée principale de l’immeuble se fait par un triple escalier recouvert  d’une simple marquise portée par six fines colonnes revêtues d’aluminium, qui donnent accès à l’atrium menant à l’espace central de la banque.

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Potsparkasse, entrée principale, ©DR

 

Intérieur

 

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparkasse, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse, ©DR
années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postal saving bankk, détail de la verrière, ©architecturaldigest.com
Otto Wagner, Postal saving bank, détail de la verrière, ©architecturaldigest.com

Une fois en haut des escaliers, vous entrez dans l’atrium impressionnant menant à la salle principale de la banque, un grand espace ouvert de 550 mètres carrés qui permet une circulation aisée et est conçu comme une basilique : une nef centrale plus haute flanquée de deux nefs latérales plus basses. L’absence de  grands murs porteurs  permet une flexibilité totale pour les différentes fonctions de la banque. La décoration est réduite au minimum, pour mettre toute l’emphase sur la structure : les colonnes en fonte, colossales, dont Wagner a volontairement accentué l’aspect industriel, semblent soutenir la verrière mais disparaissent en fait derrière celle-ci pour soutenir un second toit d’isolation. La structure de la verrière est en aluminium et  des carreaux de verre dépoli formant des carrés permettent à la lumière d’entrer dans l’espace.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Post Office Savings Bank Building, ©DR
Otto Wagner, Post Office Savings Bank Building, ©DR

Sur le pourtour de la salle se dressent les bouches du chauffage central en aluminium. L’aluminium, inventé en Autriche, est utilisé dans tout le bâtiment comme un élément décoratif mais pas uniquement : une des principales raisons de l’utilisation de l’aluminium dans les 800 poignées, accessoires, luminaires, grilles de chauffage, radiateurs à air chaud et pilastres muraux tient au fait que ce matériau n’a que peu besoin d’être nettoyé.

Rien de ce qui n’est fonctionnel ne pourra être beau.

Le sol a été fait avec des blocs de pâte de verre translucide qui permettent à la lumière de rejoindre l’espace inférieur, où se trouvent les salles de tri du courrier.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparkasse, détail du sol, ©quintilake.com
Otto Wagner, Postsparkasse, détail du sol, ©quintilake.com

Ces dalles de verre sont encadrées de carreaux de granit décorées avec des lignes noires.  Dans d’autres espaces, le marbre est combiné avec du linoleum. Tous les matériaux choisis par
l’architecte pour les espaces au service des clients sont modernes , fonctionnels, hygiéniques et faciles à entretenir.

Les escaliers

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Post office Saving Bank Building,détail escaliers ©DR
Otto Wagner, Post office Saving Bank Building,détail escaliers ©DR

Les escaliers en béton sont recouverts de fines couches marbre incrustées de linoléum. La structure métallique de la rampe est recouverte de peinture blanche.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postal savings Banque, escaliers, détail de la rampe, ©architecturaldigest.com
Otto Wagner, Postal savings Banque, escaliers, détail de la rampe, ©architecturaldigest.com

Le mobilier

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparkasse, mobilier, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse, mobilier, ©DR

Otto Wagner a également dessiné le mobilier. On y voit l’extrême dépouillement formel et le placage d’une matière sur une autre.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, tabouret, ©moma.org
Otto Wagner, tabouret, ©moma.org

Tabouret en bois de hêtre teinté courbé et aluminium. Assise en contreplaqué perforé. Fabriqué par Thonet  en 1904. Prévu pour la salle des guichets.

années 1900, Sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, bureau, 1904-1906
Otto Wagner, bureau, 1904-1906, ©DR

Bureau en bois teinté noir et aluminium, imaginé en 1904-1906pour le Österreichische Postsparkasse. Prévu pour la salle des guichets.

Fauteuil en bois et métal conçu en 1906 pour la salle de conférence. Ici le placage a une utilité fonctionnelle :  protéger les points d’usure du siège. La conception du fauteuil est également soumise à des principes hiérarchiques. Fauteuil avec coussin pour le directeur, fauteuil sans coussin pour un sous-chef, puis sans protection en aluminium pour un employé, puis sans accoudoir.

Otto Wagner, fauteuil et chaise, Postsparkasse, ©DR
Otto Wagner, fauteuil et chaise, Postsparkasse, ©DR
années 1900, Autriche, sécession viennoise, Otto Wagner, chaise,1906
Otto Wagner, chaise,1906, ©neuegalerie.org

Dans la seconde partie, construite entre 1910 et1912,  se trouve la salle des titres réservée aux clients les plus fortunés.

années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, Postsparkasse, mobilier 2, ©DR
Otto Wagner, Postsparkasse, mobilier 2, ©DR

Tables et fauteuils dessinés pour la Postsparkasse.

sécession viennoise, années 1900,autriche, Otto Wagner, Table
Otto Wagner, Table, ©DR
années 1900, sécession viennoise, autriche, Otto Wagner, étagère, ©musée-orsay.fr
Otto Wagner, étagère, ©musée-orsay.fr

Etagère réalisée pour les bureaux directoriaux de la Postsparkasse en hêtre courbé, chêne verni, teinté noir. Manufacture : Thonet frères et J. & J. Kohn. Vers 1904.

années 1900, autriche, Otto Wagner, Post office Savings Bank Building, vienne, , 1904-1912
Otto Wagner, Post office Savings Bank Building, vienne, ©DR 1904-1912

On relèvera dans cette salle la décoration géométrique, constituée de lignes, de carrés et de rectangles noirs sur fond blanc qui soulignent la structure du plafond.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “ Sécession viennoise : Otto Wagner ”

  1. J’acquerrais volontiers the Willow Chair de Mackintosh (non pour m’y asseoir mais pour la regarder) et le (détail du) sol du Postsparkasse de Wagner (non pour y marcher mais pour l’accrocher au mur).
    Un double détournement imaginaire, en quelque sorte…

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