street art , fondation EDF, Isaac cordal ,follow the leaders, ©catherinevernet -3

Street Art à la fondation EDF à Paris

Très à la mode, le sreet art investit les institutions officielles depuis plusieurs années déjà, et cela peut paraître paradoxal pour un art qui se veut de la rue, dans la rue  et pour la rue sans barrières sociales, économiques ni culturelles. Paradoxe que contourne le délégué général de la fondation EDF par ces paroles : Exposer le street art c’est en réalité vouloir le décrypter et le comprendre. Quelles sont ses motivations, ses références, ses codes? Quelles en sont les significations? (…) Grâce à sa connaissance des artistes, comme des techniques spécifiques utilisées par les street-artistes, notre commissaire d’exposition, Jérôme Catz offre au visiteur les clefs pour comprendre l’art urbain  et ce qu’il exprime.

L’exposition se place donc dans une perspective explicative, didactique, historique… et interactive, plusieurs installations permettant au visiteur de s’essayer à l’art du tag. Par exemple, l’installation « Water Light graffiti » de Antonin Fourneau, grand tableau parsemé de leds permet au visiteur de passer un pinceau humide sur les lampes et de dessiner ainsi ce qui lui passe par la tête, les lumières s’étei-
gnant lorsque l’eau sèche.

street art , fondation EDF, tableau lumineux©catherinevernet
street art , fondation EDF, tableau lumineux©catherinevernet
street art , fondation EDF, reverse graffiti, ©catherinevernet -1
street art , fondation EDF, reverse graffiti, ©catherinevernet

Un glossaire disposé sur les murs de l’exposition nous  explique quelques termes tels que : anamorphose, wild , bubble letters, reverse graffiti, etc.

Une perspective historique retrace les grandes étapes de la marche vers le street art qui commencerait avec la peinture pariétale (techniquement parlant, c’est imparable)  et se poursuivrait jusqu’aux années 20, où le muralisme fait son apparition au Mexique;

street art, fondation edf-brassai-graffiti-
street art, fondation edf-brassai-graffiti-©flammarion

la deuxième étape va des années 30 aux années 70,

en passant par les photos de graffitis de Brassaï (mot répertorié pour la première fois en 1960 dans le dictionnaire de l’art brut)

street art, fondation edf, kilroy was here
graffiti kilroy was here,©DR

et par le tag « Kilroy was here » laissé par les GI américains un peu partout pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il n’est pas possible de ne pas mentionner l’invention de la bombe de peinture en 1945 par Edward Seymour.

 

 

 

Mais c’est 1967 qui est considéré comme la date fondatrice du street art — en tout cas comme le début de son ère moderne — date à laquelle Cornbread

street art, CornBread-Graffiti,©bigcitylife.fr
street art, CornBread-Graffiti,©bigcitylife.fr

et Cool Earl revendiquent leurs premiers tags à Philadelphie et qui correspond en France  au moment où Ernest Pignon-Ernest montre ses premières œuvres sur le plateau d’Albion en Provence. En 1971, il installera plus de 800 sérigraphies sur le sol de Paris pour commémorer la commune.

Ernest Pignon-Ernest La Commune-1971
Ernest Pignon-Ernest La Commune-1971©DR

Cette période s’achève en 1972, moment où a lieu la première exposition dédiée au tag au City Collège de NY par Hugo Martinez.

Les années 1973 à 1978 voient la naissance du graffiti proprement dit, époque à laquelle paraît le premier livre sur le graffiti : The faith of graffiti. L’association UGA (United Graffiti Artists) a deux ans.

street art , fondation EDF, affiche exposition keith haring, ©catherinevernet -
street art , fondation EDF, affiche exposition keith haring, ©catherinevernet –

De 1979 à 1982 s’ouvrent différentes galeries à New-York consacrées au street art et la presse s’empare de deux artistes: Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Ne vous attendez pas à voir des oeuvres de ces deux-là, la majorité de l’exposition est sous vitrine et présente des reproductions, affiches d’exposition, fanzines et journaux. De Keith haring, l’affiche de sa première exposition.

C’est en 1983 que le graffiti

street art,affiche barack-Obama, Shepard Fairey
street art,affiche barack-Obama, Shepard Fairey,©DR

prend réellement ses marques en Europe. Les années 90  portent en elles une génération d’artis-
tes qui voient leur notoriété exploser grâce au WEB. Les techniques sont : collages, graffitis, tags, reverse graffiti, installations, sérigraphies, pochoirs. Le marché des bombes aérosols grimpe en ligne droite, les sites se multiplient. De 2001  à 2008 apparaît le gravage sur vitre ou métal (gravity). Le marché de l’art commence à s’emparer du phénomène à travers Bansky. L’affiche de campagne de  Barack Obama par Shepard Fairey en 2008 institutionnalise le phénomène. Les techniques se multiplient, jeux videos, videos (Blu), anamorphoses (Truly Design).

street art , fondation EDF, anamorphose, truly design©catherinevernet -1
street art , fondation EDF, anamorphose, Truly Design©catherinevernet

 

Quelques artistes

Une découverte et un choc : Isaac Cordal. Street artiste engagé, il installe ses figurines en ciment dans un environnement choisi et les photographie ensuite. Il commença à fabriquer ses statues en 2002 et, en 2006,  les disposa dans la ville de Vigo en Espagne. Ses statuettes font le tour du monde actuellement. Impossible de ne pas réagir à ses mises en scène qui nous confrontent à notre actualité, au monde  dans lequel nous vivons. Isaac Cordal nous dérange et  rend certaines images à peine tolérables parfois .

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street-art-isaac-cordal , ©art-days.com

Il nous fait voir une deuxième fois ce qui est notre spectacle quotidien, nous redit ce que nous savons du futur de notre planète, nous rappelle notre instinct grégaire, nous renvoie à notre immobilisme, nous transporte dans notre propre routine, nous obligeant à prendre du recul, à regarder, à réfléchir, à méditer peut-être… le temps de l’exposition au moins, plus si miracle.

street art,isaac cordal
Street art,Isaac-Cordal©art-days.com
street art , fondation EDF, Isaac cordal , ©catherinevernet -5
street art , fondation EDF, Isaac cordal , ©catherinevernet –

Ses figures humaines, proches du réalisme expressioniste, sont les  acteurs des drames quotidiens de la rue, les moutons bêlants de notre inaction, les singes de l’absurdité de nos comportements, les témoins de nos aberrations. Eloignement et destruction de la nature,

street art, isaac-cordal
street art, isaac-cordal ©amusingplanet.com

réchauffement climatique, pauvreté, sdf, violence, pensée unique, monde dominé par le virtuel, isolement sont autant de thèmes abordés par Isaac Cordal.

street art , fondation EDF, Isaac cordal , ©catherinevernet -6
street art , fondation EDF, Isaac cordal , détail©catherinevernet -6

Ses photographies situent la scène dans un lieu qui la rend signifiante, lui apporte son contexte, redéfinit une échelle plaçant la figurine infiniment petite dans l’ univers infiniment grand qui l’entoure. L’humain apparaît à taille de fourmi, marionnette submergée et dépassée, au ras du sol d’un monde qui le possède et l’enferme. La puissance des photos d’Isaac Cordal — sans particularités plastiques remarquables à part peut-être la désaturation des couleurs qui renvoie éventuellement à la grisaille de notre pensée et à l’uniformité de nos comportements (hypothèse renforcée par la teinte grise des figurines de the family) — provient de leur force évocatrice, de l’immédiateté de leur message.

street art, isaac Cordal, the family,
street art, isaac Cordal, the family, ©isaac cordal

Ses compositions jouent parfois avec le hasard des occasions de la rue: carré de verdure entre des pavés,

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street-art-isaac-cordal©art-days.com

mauvaise herbe qui survit au pied d’un mur, tuyau d’évacuation, mais souvent la recherche du lieu adéquat participe de l’élaboration de la mise en scène, à moins que le décor ne soit entièrement construit comme dans Follow the leaders.

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street art, fondation EDF, Isaac Cordal, follow the leaders©bantmag.com

 

 

 

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street art , fondation EDF, Isaac cordal ,follow the leaders, ©catherinevernet

Follow the leaders , installation développée aux quatre coins de la planète,  veut nous faire prendre conscience de notre incapacité à décider et de notre uniformité.

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street art , fondation EDF, Isaac cordal ,follow the leaders, ©catherinevernet –

Une centaine de figurines identiques — représentant  un homme à la mallette et au costume insignifiants, dupliqué tel un clone — parsèment, parfois à moitié ensevelies, un espace rempli de gravats et de ruines.

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street art , fondation EDF, Isaac cordal ,follow the leaders, ©catherinevernet –

Mise en scène post apocalyptique de notre triste monde, éclairée de manière interactive par le visiteur qui doit agir afin de ne pas sombrer mimétiquement dans l’inaction de ses contemporains de ciment.

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street art , fondation EDF, Isaac cordal ,follow the leaders, ©catherinevernet

Nous renvoyons le lecteur sur son site pour l’ensemble de son oeuvre.

Au sous-sol, quelques films :  Ernest Pignon-Ernest,  Blu, Kidult … Et dans l’ensemble de l’exposition d’autres writers et colleurs d’affiches plus ou moins connus : JonOne, Bansky, Ron English, Slinkachu, Goin, Sheppard Fairey, JR entre autres…

Les photos dont la légende est en bleu ne font pas partie de l’exposition.

 

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