Tadao Ando koshino house © Sam Galloway 2012

Tadao Ando : architecte de la lumière

Les éditions Arlea font paraître cette année un livre de Yann Nussaume sur Tadao Ando, Pensées sur l’architecture et le paysage. Le recueil de textes qui le composent est tiré d’un ouvrage intitulé Tadao Ando,: architecte de la lumièreTadao Ando et la question du milieu, réflexions sur l’architecture et le paysage, publié en 1999, aux éditions du Moniteur.

Le choix, pour la présente édition, s’est porté sur les écrits de l’architecte, une partie de sa correspondance avec Peter Eisenman (septembre 1989), et se clôt par une interview avec  Yann Nussaume. Les textes s’échelonnent de 1977 à 1989.

Son oeuvre et ses influences

Discutant de ses projets,Tadao Ando aborde des sujets aussi divers que sa conception de l’habitat privé, les dimensions émotionnelles des espaces architecturaux, le lien entre l’architecture et la vie quotidienne, le rapport avec la nature ; il nous livre sa réflexion sur l’habiter, sur la question des logements collectifs, sur la confrontation entre l’architecture et l’environnement, sur les particularités de l’architecture occidentale face à l’architecture japonaise et nous transmet au fil des pages son amour du béton, sa quête incessante des rapports entre la matière et la lumière naturelle, sa prédilection pour l’ombre également, sa recherche constante  de la simplicité.

Tadao Ando : architecte de la lumière, église de la lumière
Tadao Ando, église de la lumière
© Sam Galloway 2012

Si Tadao Ando revendique des influences occidentales, celles-ci sont digérées à partir de son milieu. Ses sources, ce sont les lieux de son enfance, les maisons d’architecture japonaise traditionnelle;

Joseph Albers, Hommage to the square : Yellow resonance,1957
Joseph Albers, Hommage to the square : Yellow resonance,1957
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mais ce sont aussi les dessins des bâtiments de Le Corbusier, le Panthéon, les prisons de Piranese, les peintures abstraites d’Albers.

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Piranese

L’émotion architecturale

La pensée de Tadao Ando est exigente et belle, et son oeuvre reflète les questions essentielles que se pose son auteur : l’architecture a un rôle à jouer « pour élever la conscience, (…) réveiller les émotions et les désirs de ses habitants, (…) solliciter ce qui dort au fond d’eux-mêmes, (…) les espaces deviennent des intermédiaires, créant un dialogue profond entre l’usager et  l’architecte(…), ainsi l’achitecture donnera la sensation d’exister. « Si l’architecture  renferme, comme je le pense, les espaces conduisant à l’épanouissement physique et spirituel du moi, alors je veux créer des bâtiments qui influent sur la vie de l’homme. » Cela se traduisit, dans son oeuvre, d’abord par une architecture fermée, permettant à l ‘habitant de s’épanouir, sublimant les espaces quotidiens pour favoriser un dialogue avec les éléments naturels : la lumière, la pluie, le vent.

Tadao Ando : architecte de la lumière
Sayamaike Historical Museum
Photo: arcspace

Mais cette architecture, pour lui, était encore empreinte de la tradition nippone qui annihile le moi  en regard de la nature. Il poursuivra son oeuvre en confrontant davantage l’architecture – basée sur des formes simples telles que le carré, le rectangle, le cercle –  à la nature. Il propose alors de créer des espaces contemporains caractérisés par une abstraction des éléments naturels mis en  évidence à travers les espaces architecturaux.

Le béton

Tadao Ando emploie dans une même construction un nombre de matériaux limité, pour un maximum de pureté, et expose telle quelle leur texture. En cela, il s’apparente au brutalisme. Matière de prédilection de Tadao Ando, le béton est l’objet de tous ses soins.  Mais son aspect massif et lourd ne l’intéresse pas, il souhaite qu’il ait l’air léger ; de même, il préfère unifier l’aspect du béton pour ne pas permettre aux différents panneaux d’être autonomes et d’exercer ainsi leur matérialité.  Au contraire, il veut donner la parole à l’espace et ne pas laisser les murs exister. De plus, unifier la surface de la façade permet de ne pas contrarier les jeux de lumières et d’ombre changeant au cours de la journée et de favoriser un dialogue avec la nature.

Tadao Ando: architecte de la lumière, koshino house
Tadao Ando koshino house © Sam Galloway 2012

« Le béton que j’utilise manque de solidité sculpturale et de poids. Je cherche plutôt à former des surfaces légères et homogènes. Les marques des panneaux de coffrage et des séparateurs sont traités pour donner des angles durs  et des surfaces lisses à la finition homogène ; (…) ce faisant, je ne cherche pas à atteindre l’essence de la matière elle-même, mais à l’utiliser au service de l’espace. »

Tadao Ando : architecte de la lumière

Tadao Ando, architecte de la lumière Koshino House
Tadao Ando, Koshino House,© Martin Houra

La lumière est un facteur important de la mise en scène de l’espace, elle « confère une existence aux objets en reliant l’espace et la forme » . Avec le passage du temps et la succession des saisons, l’objet, le mur ou l’espace se modifient, deviennent vivants et se donnent à voir autrement, et de ce fait affinent la conscience esthétique de l’individu.

Tadao Ando, architecte de la lumière, Koshino House
Tadao Ando, Koshino House ©Martin Houra

Encore plus que la lumière, c’est donc son mouvement qui intéresse l’architecte. Corollaire de la lumière, l’ombre lui permet d’exister.

Le temps, l’espace et la nature

L’architecture est la résultante d’une part de la dialectique entre le corps et l’espace, « afin de percevoir un objet dans toute sa diversité, il faut modifier d’une manière ou d’une autre la distance entre moi et l’objet. (…) La sensation d’espace naît des diverses orientations  du regard à partir de points de vue multiples et non d’une vision absolue  et unique du regard. » Mais, d’autre part, elle est également la somme des mouvements de la nature – à travers la lumière, le vent et la pluie – qui modifient la distance entre le moi et l’objet. Ce n’est donc pas la nature en tant que telle qui intéresse Tadao Ando, mais la nature transformée par l’homme dans l’architecture, c’est-à-dire abstraite.  Si l’on ajoute les mouvements de la nature et ceux de l’homme, les formes géométriques simples deviennent des espaces complexes,  et c’est ainsi le rapport de l’homme à l’architecture que veut questionner Tadao Ando.

Tadao Ando, architecte de la lumière, portrait
© Tadao Ando, Photo provided by Tadao Ando Architect & Associates

Finalement, l’on pourrait dire que Tadao Ando, dans son oeuvre, cherche à approfondir notre regard sur l’architecture aussi bien que sur nous-mêmes à travers la variété des émotions suscitées par la confrontation, dans une tension constante, d’une forme simple avec la nature, d’une part et la confrontation de notre corps à l’espace d’autre part.

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